Stupéfaction et tristesse : ce sont les Lumières qu’on assassine.

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Instantané dans le train (1).

Prendre le train régulièrement sur une ligne TGV essentiellement réservée aux cadres et hommes d’affaires est souvent très instructif. En Allemagne, comme en France certainement.

Si vous ne disposez pas de « protections auditives » (Ohropax en Allemand, nom de la marque, ou « boules Quiès en français, oui, mais s’il vous plait pas en cire), il y a de fortes chances à parier pour que vous puissiez assister contre votre volonté à quelques scènes croustillantes comme :

  • tout savoir sur le chiffre d’affaire d’une entreprise lambda, les contrats acquis, ceux perdus et leurs montants. Le bénéfice en fin d’année, le rendement, le cash flow, le montant des investissements et l’avenir en perspective (difficile il va de soit. Il va falloir se battre, bref retrousser ses manches de chemises… Allons enfants, debout hommes de la patrie…).
  • Mieux : tout savoir sur ce que vient de dire tel cadre en costume sombre, cravate et chaussures cirées noires à sa secrétaire, une femme naturellement, fée du clavier et de la machine à café. Merci Germaine.
  • Mieux du mieux : tout savoir sur la névrose d’un collègue, et son nom (on peut l’appeler ?), qui ne répond jamais à ces mails (on peut avoir son adresse ?) vient d’essayer de vous piquer votre projet, cajole la direction de sa fourbe attitude, et est naturellement détesté de par tous ses collègues, qui jalousent son arrogance, sa totale duplicité mais le degré zéro de ses compétences pratiques.

Rassurant : parfois les dits cadres jouent au foot sur leur tablette dernier cri. I Pad de préférence.

zdnet.fr

Plus effrayante, la scène suivante.

Nous sommes un vendredi soir. La ligne Francfort-Cologne est comme il se doit un tel jour et à une telle heure archi bondée.

On se rend dans le wagon restaurant espérant y trouver une place « non réservée » par définition. Archi bondé.

Reste le bar.

A une table bistrot, un homme, seul. Chouette de la place ! On va pouvoir boire un café et tenter de corriger quelques copies. Sur le pouce. Debout.

On s’approche. Commande le café. Tente de se faire une petite place. Difficile.

L’homme, reste campé sur « sa table », les coudes bien plantés de chaque côté, le tout « protégeant une bière », qu’il semble contempler, en pleine méditation

 Le café arrive. Pas de réaction de la part de notre co-voyageur.

On essaie toujours de corriger des copies et de boire son café, mais l’espace est réduit….

On persiste. Il va quand même bien finir par remarquer notre présence, rabattre ses coudes, les resserrer autour de sa bière…

Que nenni. Il est là, il y reste. C’est « sa » table, « son » territoire, depuis tout petit, on lui a appris à défendre ses intérêts, son « moi », ses droits (le premier arrivé, c’est celui qui gagne…).

On continue dans la provocation gentille, mais ferme.

Pas de réaction.

Au bout de ¾ d’heures, l’homme se penche sur sa mallette de travail et en sort un livre.

C’est un condensé de la bible. Avec des marque pages.

Il lit quelques versets, l’air inspiré, les coudes toujours à l’équerre, protégeant sa bière.

D’accord.

Celui-là, il est inguérissable.

On commence le plan retraite. Son « prochain » doit être caché à la page 300 678

Quelques minutes plus tard, son téléphone portable sonne.

Ce sont les cloches d’une église le jour de Pâques. Le christ est ressuscité, Alléluia.

Je range mes copies dans mon cartable et détourne ostensiblement la tête.

C’est comment sur le trajet Paris -Tours, Paris-Grenoble ?

Laissez les feuilles mortes tomber!

Hier soir, à la nuit tombante au bord du Rhin à Cologne, tout était devenu un instant miraculeusement calme. Le bleu marine profond du ciel clair envahissait peu à peu tout l’espace. De ça et là et au loin, de vieux bateaux amarrés et des bâtiments illuminés, se détachaient comme des phares, élargissant notre horizon de leurs couleurs rouge, verte et néon. Les arbres étaient parfaitement nus, leurs branches vierges se détachant de part et d’autre du fleuve dans ce qui restait de crépuscule.

Le silence régnait, comme un avant goût de celui cotonneux de l’hiver à venir.

Le silence. Enfin. Mais à quel prix toutes ces semaines passées !

Ici, outre-Rhin, il semblerait en effet que les feuilles en automne n’aient plus le droit de tomber tranquillement et de joncher le sol en un tapis doré. Et pourtant. Dans ce pays au climat continental sans vrai été, l’automne indien, qui lui ne manquait jamais d’arriver, était encore une des plus belles saisons de l’année. Le ciel bleu, les feuilles brunes, or, orangées ou jaune canari produisaient un tableau d’une luminosité et beauté telle qu’on le mangeait véritablement des yeux.

Cette année, c’était cependant sans compter sur le lobby des « souffleuses de feuilles mortes » qui ne leur a pas laissé une seule chance. Pas une.

Ces moyens ou petits engins, à l’essence ou électricité, destinés à l’origine à faciliter la tâche des municipalités dans l’obligation de libérer les voies publiques, ont en effet poussé comme des champignons.

Vendus pour moins de 30 euros dans les Obi, Baumarkt et autres chaînes de magasins de bricolage ou de jardinerie, pas un propriétaire de jardin, de 10 à 20m2 ne semble y avoir résisté.

Il paraît que cela fait plus viril que de manier le râteau.

Résultat, depuis trois semaines, notre fin d’automne a été littéralement sabotée par leur bruit infernal d’au moins 120 décibels.

Leur vrombissement à s’arracher les oreilles revenant de manière récurrente ponctuer toute votre journée. Quand vous buvez votre café, quand vous sortez de chez vous, où y revenez, sous la douche, concentré à votre bureau…

Bref, un petit enfer.

Mais c’est tellement moins lourd à manier, respectueux de la nature, puisque les insectes ne savent plus où se loger, et que les poussières ainsi soulevées, grâce à une puissance de soufflerie atteignant les 200 à 300 km/h, se mélangent alors aisément dans vos poumons avec les microparticules dégagées par leur moteur à essence. Top quoi.

A Aix-la-Chapelle, près de la frontière belge, un quartier s’est même enflammé à cause de ces « Laubbläser », obligeant la police à venir à huit voitures pour empêcher les habitants de s’entretuer.

D’après le Courrier international, il semblerait que dans les pays d’Europe du Nord, les citoyens commencent à pétitionner.

http://www.courrierinternational.com/article/2014/11/15/plaidoyer-contre-les-souffleurs-de-feuilles-mortes

Et en France ? Pour l’heure, pas de vague sur le net.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte
Dans la nuit froide de l’oubli…

« C’est une révolte ? » « Non Sire, c’est une révolution. »

C’était en 1789. Le 15 juillet. A neuf heures du matin à Versailles. Ce que répondit le duc de la Rochefoucauld à Louis XVI quand celui-ci s’informa, après avoir chassé le jour précédent sans succès, des troubles concomitants de la veille à Paris. A savoir la prise de la Bastille.

Quelques 200 ans plus tard, en novembre à Berlin, l’histoire semblait se répéter.

Cela faisait des mois que les membres du gouvernement de la RDA et de l’appareil du SED, le parti communiste unique, assistaient, complètement hébétés et dépassés, les bras ballants et sans voix, aux évènements qui étaient en train de les emporter.

Depuis le début de l’année et l’ouverture des frontières de la Hongrie et de l’ex- Tchécoslovaquie, 50 000 « Ossis », avaient déjà fui vers l’Ouest, souvent dans des conditions dramatiques (par le biais de l’ambassade de Prague quasi assiégée et de « trains spéciaux » en rappelant d’autres). Pour octobre seulement, on comptait près de 200 000 demandes de visa pour l’étranger.

Et le peuple mécontent, continuait à taper des pieds sur le pavé. 90 000 manifestants calmes et déterminés à Leipzig le 9 octobre. Près d’un million le 4 novembre sur l’Alexanderplatz de Berlin Est.

Rien ne semblait les arrêter.

Gorbatchev avait laissé tomber le vieux stalinien d’Honecker, président de la RDA de 1976 à octobre 1989. Un de ses cadets, Egon Krenz, inventeur de la tournure « die Wende » (le tournant = comprenez alors, le parti parle, discute et négocie avec « son » peuple pour redessiner les contours d’un futur paradis communiste), peinait à la tâche, n’ayant toujours pas compris qu’il ne devait plus appeler ses concitoyens « camarades ».

Kohl, et Schäuble, son Ministre des finances déjà, les faisaient mariner dans leur jus, d’après le principe : « pas de réformes, pas d’argent ».

Ce soir là du 9 novembre 1989, c’est à Günter Schabowski, patron du SED de Berlin et depuis peu nommé porte parole du nouveau bureau politique national , qu’il échut de faire la gaffe de la gaffe.

Soit, lors d’une conférence de presse destinée à annoncer les nouvelles règles à venir pour les voyages à l’étranger, de dire que celles-ci étaient applicables « immédiatement ».

Il était 18 : 53.

A 23 : 30, face à la pression de la foule, les gardes frontières de la Bornholmer Strasse à Berlin levaient leur barrière.

A 23 :40 les autres postes frontières suivaient.

Un peu moins d’un an après (3 octobre) l’Allemagne était réunifiée. Pour le meilleur et pour le pire.

Entre temps, et si l’on en croit le magazine « der Spiegel », près de 50 apparatchiks du SED s’étaient suicidés, ne pouvant supporter la situation, leur défaite spirituelle/politique ou par crainte des représailles des « vainqueurs ».

Un demi siècle d’histoire européenne avait refermé (ou levé) son rideau.

Aujourd’hui, si tout le monde n’est pas enchanté de la réunification, chacun sait que la vraie fête nationale allemande devrait être le 9 novembre.

Impossible cependant, car le 9 novembre c’est aussi le jour de l’abdication de l’empereur Guillaume II avant l’armistice de la Première Guerre Mondiale qui devait enfanter le « Führer ». Le 9 novembre, c’est dans la foulée la « nuit de cristal » des nazis de Hitler en 1938, qui, en attaquant directement et officiellement dans la rue la population juive de l’Allemagne, donna – sans le dire – le coup d’envoi de la solution finale…

Pour autant, les manifestations du souvenir seront naturellement à la hauteur même si la DB fait grève. (Oui, vous avez bien lu, les chemins de fer allemands font grève)

Et comme nous avons notre centenaire de la Grande Guerre ainsi que tout son folklore commémoratif, Berlin retrouvera « son mur » (dont il ne reste aujourd’hui que quelques pans) sous la forme de ballons qui s’envoleront alors, peut être, vers le ciel.

Cela peut-être aussi « riant » un… cimetière français.

Pendant longtemps, à chaque fois que l’on parlait « cimetière » seuls des souvenirs gris, liés à l’enfance, du temps d’avant l’Allemagne, remontaient à notre mémoire.

Gris tel généralement le ciel plombé de ce jour de novembre, où pour la Toussaint et comme presque tout un chacun, en famille on allait honorer nos morts. Des morts qui, pour les avoir à peine connus, nous paraissaient alors tous très vieux et issus de temps antédiluviens parfaitement irréels.

Gris comme nos mornes cimetières de France. Rejetés en dehors des centres villes, barricadés derrière de hauts murs, faits d’allées de graviers tracées au cordeau, avec de part et d’autre des pierres tombales en granit bleu, noir, gris ou vieux-rose, certaines décorées de plaques de même nature ou de pensées éternelles en céramique violette, sans aucune verdure… ils exhalaient une profonde désolation, que le recueillement et le silence imposés démultipliaient par vingt. Comme si la mort et le rapport à la mort étaient à ce prix.

Évidemment non. Outre-Rhin, comme dans de nombreux pays nordiques ou anglo-saxons, il en va tout autrement. Car non seulement l’Allemagne ne connaît que des cimetières paysagers et des tombes du même nom (un lit d’arbustes, de plantes vivaces surmonté d’une stèle) mais ces « lieux du dernier repos » sont surtout des lieux de vie où souvent on va se promener le dimanche, comme si l’on se promenait dans n‘importe quel parc. Un lieu où les conversations vont bon train, les enfants apprennent à marcher ou à faire du vélo…

Mais parfois, pour un Français, cela va un peu trop loin, car si l’on aime l’idée de la mort se réinscrivant dans le grand cycle de la nature donc de la vie, le coup du vélo, lui, coince.

De même que les conversations « comme si de rien n’était ».

Et c’est là qu’on remercie les Chrysanthèmes.

Fleurs des cimetières par excellence en France (c’est le Président Raymond Poincaré qui, exigeant en 1919, lors du premier anniversaire de l’Armistice de la Grande Guerre, que tous les cimetières soient généreusement fleuris, en fit alors la « fleur des veuves »), vendues à près de 24 millions de pots chaque année, notamment pour la Toussaint, elles viennent alors fort à propos égayer nos nécropoles de leurs pompons jaunes, bruns, orange ou blancs.

Dans la Meuse.

Et si par hasard, le soleil s’en mêle, toutes ces couleurs vives et mordorées sur fond de granit gris, transforment nos cimetières désespérés, l’espace d’un jour et d’un instant, en une superbe louange aux défunts, silencieuse mais lumineuse et riante.

La France deviendrait-elle pudibonde ?

A l’issue du week-end dernier, zappant sur les quotidiens en ligne français pour faire le tour de l’actualité, quelle ne fut pas notre sidération à la vue des photos d’un pauvre gros sapin en plastique gonflé, kitsch et vert fluo à souhait, posé place Vendôme à Paris à côté de la colonne (en réfection) du même nom.

Ainsi que des titres qui les accompagnaient.

« Un « plug anal » géant installé place Vendôme » (Le Monde)

« Le plug anal Place Vendôme est en fait un arbre » (Libération)

 » Paris : l’UMP demande le retrait du « plug anal » de McCarthy » (Le Point)

Oh, mein Gott, was ist den hier los !!!!! (Les Français le savent)

Quoi ? Ce n’est pas un sapin de Noël façon Duplo, Playmobil ou Lego & Co ? Une satire des jouets et cadeaux de Noël ?

Si, bien sûr petite innocente (ah, ah, ah…), mais, espèce de grande naïve, tu n’as pas remarqué que c’était…. un « plug anal » ?

Euh, non…

Là, on ne remerciera alors jamais assez le Ciel et ses serviteurs, d’avoir enfin éclairé nos lumières. Par « ses serviteurs », on entend ici le mouvement dit du « Printemps français », rassemblement de militants identitaires et d’intégristes catholiques bien de chez nous, qui, dans la foulée de la « Manif pour tous » ont décidé de rétablir un certain ordre moral en France…

Car de fait, tout est parti de leur Twitt en date du 17 octobre : «Un plug anal géant de 24 m de haut vient d’être installé place Vendôme ! Place #Vendôme défigurée ! Paris humilié !»

 Rien que ça. Surtout, quelle célérité et connaissances en la matière !

 Certes, l’artiste, bien connu pour ses provocations « sexe pipi caca », avait déjà de lui même donné une piste interprétative de son œuvre (aussi bonne campagne publicitaire préméditée pour les joailliers de la Place Vendôme), mais il faut quand même avouer que nos « tradis » français en connaissent un sacré rayon en la matière.

Ou ont toujours un catalogue de sex-toy à portée de la main. Intéressant.

D’ailleurs, depuis, les journalistes français s’en donnent à cœur joie ou tentent plus simplement de s’en sortir avec la langue française, ne faisant cependant « qu’aggraver » la situation : « érection de Tree sur la Place Vendôme », « l’arbre dressé »…

C’est vrai quoi, qu’est-ce qu’on aurait pu dire d’autre ? Qu’un arbre, gonflable qui plus est, a été érigé ? édifié ? établi ? élevé ?

Vous riez… Mais qu’allons-nous faire maintenant de tous les monuments hautement phalliques qui impriment de leur marque notre chère capitale ?

La maintenant célèbre Colonne Vendôme ? (44,3 mètres de haut, ouah…)

Et l’obélisque de la Place de la Concorde ? (« que » 23 mètres de haut, décevante en somme)

Et la Tour Eiffel ? (324 mètres de haut, ouf) Pour mémoire, lors de sa construction, une pétition signée entre autres par Guy de Maupassant, Alexandre Dumas Fils, Victorien Sardou, Leconte de Lisle, Charles Garnier, Charles Gounod… demandait sa destruction.

Misère. Qu’est devenu l’esprit grivois gaulois?

En attendant, tout cela est un peu ridicule et n’a en fait rien de drôle du tout.

On peut penser ce que l’on veut de l’art et/ou de la liberté d’expression (pleurons avec Molière), reste que la seule vue d’un conifère, sous toutes ses formes et tailles, nous trouble maintenant.

D’où la seule et grande question qui vaille : Oserons-nous « ériger » un sapin de Noël pendant l’avent dans notre salon cette année ?

Quand le mur est tombé, je… n’étais pas né .

Il fut un temps où, quand je demandais à des adultes apprenant le français ce qu’ils faisaient quand le mur de Berlin est tombé, j’eus l’occasion d’entendre d’incroyables histoires.

Tel allemand, qui, expatrié à Paris, découvrit « la chose » en achetant son « Libé » après le petit déjeuner et en tomba presque d’inanition sur un trottoir de la capitale.

Tel autre qui, journaliste à la Deutschlandfunk alors en poste à Berlin, dînait tranquillement dans un Restau du Ku’ damm (un des endroits chics de Berlin Ouest), quand tout à coup il vit passer une « trabi » si ce n’est pimpante du moins klaxonnant à tout rompre sur l’avenue… et qui, toujours lui, reçu 30 secondes plus tard un appel de son rédacteur en chef le priant d’aller illico presto, au pied levé, couvrir l’événement avec son micro de fortune et sa propre émotion à gérer.

Tel autre enfin, jeune musicien à Dresde, qui alors qu’il animait une soirée dansante sur un bateau mouche quelconque sur le cours de l’Elbe, ne put s’empêcher de s’arrêter le souffle coupé, quand le dit bateau passa sous un pont où veillaient, en rang et bien alignés des milliers de VoPo, comprenez des militaires de l’armée est-allemande, armés jusqu’aux dents, les chars à disposition pas loin dans une obscure banlieue, tous prêts à intervenir et casser du « contre-révolutionnaire » au cas ou le parti donnerait son feu vert.

Brrrrrrrrrr.

Bon.

Ça, c’était il y a une dizaine d’années.

Aujourd’hui, la plupart de mes interlocuteurs en français, sont des jeunes de moins de 25 ans, soit qui à l’époque n’étaient pas même nés.

Or d’après un sondage publié récemment outre-Rhin, il semblerait quoi qu’il en soit, que moins d’un allemand sur deux ne sache quand le mur de Berlin a été seulement construit (Réponse : août 61).

Alors, pour une jeune d’aujourd’hui, né et ayant grandi dans une Europe en paix et quasi unifiée, difficile voire impossible de s’imaginer une demi-seconde ce que signifiaient le rideau de fer, la vue seule d’une frontière entre l’Ouest et l’Est, le passage terrorisé de cette dite frontière et… le mur de Berlin.

Pour ceux donc qui aurait oublié, n’aurait jamais su et avant que ne commencent les commémorations de sa chute (le 9 novembre prochain, dépêchez-vous pour les billets d’avion, de train et les réservations d’hôtel…), rappels en quelques images… de ce mur de protection « antifasciste » (comprenez devant empêcher les allemands de l’Est d’aller fricoter avec le système capitaliste dévoyé de l’Ouest, ou dit autrement, de fuir la RDA et vider le pays des travailleurs par excellence… de ses travailleurs).

Le mur, pendant sa construction en 1961.

Le dispositif de la frontière berlinoise (le mur, en somme) : 156,4 kms de frontière bétonnée, 302 tours d’observation, 20 bunkers, 11 504 militaires au service des frontières.

On estime qu’entre 138 et 245 personnes y périrent. Pour pouvoir repérer les éventuels fuyards, une bande de sable fin (en jaune sur le croquis) était tous les jours impeccablement ratissée pour permettre de noter chaque trace de pas…

Côté Est, le mur était blanc (ou neutre) histoire de mieux les percevoir également. Côté Ouest : des graffitis.

Ici, pour parfaire le tout, vous remarquez des fils de métal auxquels sont attachés des bergers allemands, qui furent euthanasiés après la chute du mur. Il existait près de 260 tronçons de tels fils. Cela rappelle autre chose et donne froid dans le dos.

La Postdamerplatz du temps du mur. N’est-ce pas charmant ?

Enfin, avant qu’un post sur le 9 novembre ne suive, petit rappel de l’ambiance pas du tout toujours pacifique dans laquelle s’est déroulée cette « révolution de velour ».

Tout le monde a vu Good By Lénine (Wolfgang Becker, 2003) je pense. Cet extrait se situe au début du film. Quand la Stasi rafle le maximum de manifestants…

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19467649&cfilm=52715.html

« Das Mädchen » : la « gamine ». Quand Kohl s’oublie.

Il est triste souvent de constater comment des gens en fin de vie, devenus impuissants à dominer le cours des choses, les autres et leur propre corps, tombent dans l’amertume, le ressentiment sans fin, la rancune, l’aigreur… ne réussissant pas à faire la paix avec eux mêmes et leur entourage.

On le comprend, oh combien, mais parfois, cela tourne à la farce car tout n’est toujours pas bon à dire. Surtout quand on voulait entrer dans l’Histoire avec la stature d’un homme d’Etat, visionnaire et responsable.

Ainsi en va-t-il en ce moment d’Helmut Kohl, 84 ans, Chancelier de la RFA de 1982 à 1998 et « père » de la réunification.

Alors que l’Allemagne s’apprête à fêter le 9 novembre prochain les 25 ans de la chute du mur, celui qui présida la CDU de 1973 à 1998 et l’immense destinée de son pays, ne cesse de défrayer la chronique médiatique outre-Rhin.

En cause : le livre du journaliste Heribert Schwan, « Testament » (Ed. Heyne) basé sur les quelques 600 heures d’interviews que « le père de l’unité allemande » avait bien voulu lui consacrer entre 2001 et 2002, avant qu’un AVC (accident vasculaire cérébral) ne le cloue sur un fauteuil roulant en 2008.

Et où il règle ses comptes avec tout un chacun, ses proches (Schäuble, Blum) et ennemis de toujours, sans élégance et le tout dans le même sac. Dont Angela Merkel.

 Et là, une sorte de sursaut féministe nous prend. Non pas que nous le soyons, ou qu’Angela soit notre tasse de thé, mais quand on lit ce qu’on lit sur elle, notre sang ne fait qu’un tour.

Passe encore que la jeune femme, alors âgée de 35 ans, engagée corps et âme dans l’opposition au régime communiste de son pays de l’époque ne sache pas « manger avec un couteau et des fourchettes » et se plier aux protocoles des républiques bien établies, n’ait pas de « vision »…

Mais qu’elle soit « das Mädchen » soit une « gamine », là, c’est trop. Dans le mépris.

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2014/10/07/vacheries-et-confidences-d-helmut-kohl_4501800_3214.html

http://www.lefigaro.fr/international/2014/10/06/01003-20141006ARTFIG00263-helmut-kohl-raille-le-manque-d-intuition-d-angela-merkel.php

En Allemand, « das Mädchen », à moins que vous ne vous adressiez affectueusement, à une enfant de 8 ans, cela est tout sauf « mélioratif ».

 » Das Mädchen », c’est la « petite fille » légèrement bête mais bien gentille, l’innocente, la stupide, la naïve, l’idiote de service, voire la « bonne » (Comme les chambres de « bonnes ») ou la pute (la « fille » dans la rue quoi). Bref, rien de neuf sous le soleil dans un monde patriarcal et misogyne.

C’est un peu beaucoup non ? Normal en politique mais quand même « nul », non?

Depuis, Angela a su montrer qu’elle était une tacticienne hors pair et savait faire le vide autour d’elle. Et gouverner, au centre, une nation en mal d’identité.

Du moins peut-on lui reconnaître cette qualité. Féminine ? Peu importe à la limite.

Présent à la Foire du livre de Francfort la semaine passée pour « vendre » ses mémoires officielles « De la chute du mur à la réunification » (Ed. Droemer), Helmut Kohl semble n’avoir eu qu’une remarque à faire « Personne n’est là, comme avant ». Bonjour tristesse.

« Ich hatte einen dicken Kopf »

Dimanche dernier à Cologne. Profitant d’une journée clémente, nous nous promenons à travers la ville et atterrissons sans l’avoir prévu du côté de Eigelstein, en pleine course cycliste.

Situé juste à côté de la Cathédrale (et de la gare), entre les anciennes enceintes romaines et celles du Moyen-Age, Eigelstein est un de plus vieux quartier de Cologne. Un temps « fermé » pour cause de prostitution dans les années 60, depuis trois décennies appelé « la petite Istambul » en vertu de sa population turque, « Eigelstein » a pour autant gardé son côté très populaire « typiquement colonais », pour ne pas dire allemand.

Assis à la terrasse d’un café bondé, et alors que nous attendons depuis un quart d’heure notre commande, une femme poussant devant elle un landau, nous demande si elle peut prendre place à notre table. En Allemagne, ceci est de coutume et bien sûr nous disons oui.

Elle commande un Coca et un café liégeois à une serveuse de passage et complètement débordée.

Aussitôt la conversation s’engage.

« Ma fille m’a refilé la p’tite parce qu’ils sont en plein déménagement. Je n’ai pas eu mon mot à dire, elle me la mise dans les bras et m’a dit, promène-la ! ». On s’imagine la scène.

Difficile cependant de donner un âge précis à cette Grand-mère. De taille moyenne et de saine corpulence, ses cheveux noir corbeau sont montés en un chignon crêpé dans les règles de l’art. Mangé par de larges lunettes de soleil à la Dolce & Gabbana, son visage suggère un généreux usage de fond de teint ou de studio de bronzage.

Dans la poussette, la petite commence à pleurnicher. Sa Grand-mère lui prépare vite un biberon de lait, la prend avec précaution dans ses bras et lui donne à manger. Ce qui semble être un nouveau né, tête goulument.

« Doucement ma petite, doucement. Tu avales toujours trop vite et après tu recraches tout ».

La minuscule n’en a cure, déglutit sans reprendre sa respiration et effectivement après quelques lampées, s’étrangle…

« Tu vois, je te l’avais bien dit », lui parle sa Grand-mère en lui essuyant d’un seul geste, les lèvres, le menton et – tant qu’on y est – tout le visage.

« Elle a quel âge ? »

« Sept semaines… Ma fille est en train… »

La serveuse arrive enfin avec nos boissons.

Ma GM lui commande pour la deuxième fois son Coca et son Café liégeois.

« Dites-donc, vous ne trouvez pas qu’on attend longtemps dans ce café ? ça fait dix minutes que je suis là avec la petite et je n’ai toujours pas eu ma commande ».

« Ils sont débordés ».

La petite a fini de manger et sa grand-mère tente de la calmer en la mettant sur son épaule et en lui tapotant dans le dos.

Quelqu’un passe sur notre trottoir et la salue par son prénom.

Peu après, un homme, venant du bar PMU d’en face, traverse la rue et vient aussi à sa rencontre. Elle semble connaître tout le quartier.

« Salut Christian, ma fille est en train… ».

Le Coca arrive sans le Café Liégeois. Elle repasse sa commande à une autre serveuse et rajoute un autre Coca sur sa liste. La serveuse est en pleine confusion.

Quelques instants plus tard, un adolescent, qui s’avère être aussi son petit fils, la rejoint à sa table, une liste de pari pour les matchs de foot en cours à la main.

« Tu veux un Coca ? ça fait dix minutes… »

La petite de 7 semaines, elle, s’est endormie, confortablement installée sous une petite couverture entre les deux seins généreux de sa grand-mère. Celle-ci regarde à intervalle régulier si tout va bien.

Le Café liégeois n’arrive toujours pas. Légèrement excédée, ma voisine commence à me parler de son dernier week-end, où, à Dellbruck, un autre quartier éminemment populaire de Cologne, il y avait une fête de rue à laquelle elle s’est rendue. Et qui n’a pas plus été un succès.

« Ach es war auch voll. Ich hatte so einen dicken Kopf ! »

Comprenez, elle avait trop bu, mais pas du Coca.

Souvenir de Paris, l’été, avant que l’automne ne nous rattrape définitivement …

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On était parti pour une journée à Paris. Avec deux adolescentes. Au programme, à 10 heures, vite, vite, une exposition sur la Grande Guerre à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand, ensuite, vite, vite, un petit tour dans la librairie du Musée, puis, un peu moins vite, une visite dans le H & M d’en face pour faire oublier le tout… avant de faire un tour en bateau mouche sur les CANAUX DE L’OURCQ ET SAINT MARTIN.

Car, de fait, c’était le véritable but de cette journée.

Découvrir Paris sous un autre angle, profiter nonchalamment du soleil sur un Deck à ne rien faire d’autre qu’à regarder passer les écluses où la façade de l’Hôtel du Nord en se rappelant les paroles d’Arletty : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? ».

Las, cela n’a pu se réaliser. Quand nous sommes arrivées à l’heure indiquée, sur le quai d’embarquement à côté du Musée d’Orsay, ce fut pour nous entendre dire, qu’en dehors des WE, les départs avaient lieu de la Bastille. Que donc c’était trop tard. Il a aussi fallu avouer par la même occasion que le dit « tour » aurait de toutes façons duré 2 h 45. Soulagement généralisé. Très bien.

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Mais qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Oui. Bonne question. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas là, en plein été, dans Paris, avec deux adolescentes qui ont déjà eu le plaisir de s’informer sur les causes et conséquences de la Première Guerre mondiale à 10 heures du matin ?

Et bien, vous improvisez.

Regardez là-bas ! Ce sont les Tuileries, le Louvre et sa Pyramide !

Ah oui, on va faire des photos de touristes à côté de la Pyramide !

Et nous voilà parties. A pied.

On traverse les Tuileries.

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Elles avouent que c’est idyllique. C’est tellement idyllique qu’on s’autorise à faire comme les touristes italiens, soit à s’asseoir sur les fauteuils verts de gris, à se désaltérer, délasser les pieds, papoter, chasser les pigeons, farnienter…

Et puis, tout à coup, alors qu’on la croyait réservée pour l’hiver, on la voit ! La Grande Roue !

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 Terre à bâbord, nous sommes sauvées.

On s’approche, on s’approche, heureuses en perspective, et là, surprise des surprises, se découvre à nous à côté un « chairoplane » (c’est ainsi que cela s’appelle).

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 La joie pure. Agrémentée de petits drapeaux bleu, blanc, rouge dans le ciel de l’été. Et l’on se souvient de Yves Montand chantant « Sous le ciel de Paris ».

http://www.youtube.com/watch?v=ceFxrmQhRAg