Omicron : vive le fédéralisme !

Depuis maintenant près de deux ans – et même -, la première chose que je fais le matin en me levant, c’est de lire les « news ». Notamment, celles relevant de notre chère pandémie, histoire de savoir ce qui m’attend dans les jours à venir.

Et là, ce matin, je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire.

Alors qu’en France, la veille, la barre des 200.000 nouvelles infections quotidiennes avait été franchie, qu’en Anglettere, les hôpitaux étaient remplis à ras bords, l’Allemagne, aveugle et telle qu’en elle-même, affichait une baisse « record » de ses statistiques, le taux d’incidence diminuant depuis une semaine de manière continue, soit de 30% par jour, pour atteindre un « merveilleux » 224,9 le 30 décembre donc, contre un…. 400 il y a quelques jours encore!

N’est-ce pas incroyable!

Invariablement aussi, « forte » de cette extraordinaire baisse, le Ministère des affaires étrangères, classe ses voisins « Pays à haut risque » (La France par exemple, c’est clair). Ou « Pays à variants », ce qui est le pire (l’Angleterre par exemple).

N’est-ce pas sympa.

Et vous ?

Hier, le nouveau Ministre de la santé – Karl Lauterbach, un médecin lui-même, ouf – a quand même eu le courage de dire que, compte tenu des jours fériés, du fédéralisme et de la non digitalisation des données, certainement « notre » taux d’incidence, se situait plutôt à 500 ou 750.

Ce matin enfin, le président de l’Association internationale des médecins, Frank Ulrich Montgomery, s’est un peu « énervé » (En Allemagne, on « s’irrite » quand il y a le feu), qu’il ne soit pas possible d’avoir des données fiables pendant la trève des confiseurs.

Effectivement.

On se demande nous aussi, pourquoi les Français arrivent à tester, quand en Allemagne, il ne se passe plus rien. Et ce, à vrai dire, depuis la campagne pour les législatives de septembre.

Le réveil va être dur.

La semaine prochaine, les statistiques vont nous exploser à la figure.

Déjà, on entend dire, que pour ne pas paralyser l’économie (Omicron, s’il ne conduit pas à la mort, conduit du moins à un arrêt maladie), les vaccinés 3 fois, seront exemptés de toutes autres vexations pour pouvoir continuer à travailler. De manière à pouvoir traiter les non vaccinés.

D’accord. Moi, tout cela me dépasse, et en attendant que cela se fasse, je me suis décidée pour le Online. Vraiment. En mon âme et conscience.

Pour en finir avec … Napoléon (le tyran, 2).

A défaut de pouvoir en finir avec cette pandémie de Covid qui sévit depuis près de deux ans maintenant, toujours repart ou jamais ne s’arrête, avec ses confinements, déconfinements et reconfinements, finissons-en du moins avant la fin de l’année avec Napoléon, qui, comme je l’ai déjà expliqué il y a quelques posts passés, fait ici crier dès que vous prononcez son nom.

Les soirées étant souvent longues par les temps qui courent et les occasions de contacts diminués, à l’instar de tout un chacun on a donc découvert les séries. Et les docu-fictions en tous genres.

Du coup, il y a quinze jours, avant l’instauration de nouvelles restrictions, je me suis dit : « tiens, regardons donc celui que propose Arte en ce moment sur la guerre franco-allemande de 1870 ». Il n’était pas de très bon goût à mon sens, mais peu importe car encore une fois j’ai pu y apprécier la « haine » qu’une certaine Allemagne d’alors vouait à la France à cause donc de tous ses Napoléon (le n°1 et 3). Vous y voyez en tous les cas le Chancelier Bismarck et le futur Guillaume II de Prusse (celui qui déclara la guerre en 1914), mettre tout en oeuvre pour battre définitivement cette foutue « grande Nation » et, accessoirement, réaliser l’unité allemande sur son dos, en l’humiliant copieusement dans la galerie des glaces de Versailles.

Vous me direz : oh les « s… ».

Oui, sauf qu’à l’époque, on en est pas encore à toutes les autres guerres et humiliations et contre humiliations qui s’en suivront, et qu’au banc des accusés du XIXème, c’est bien le CORSE que l’on retrouve.

Pourtant, à l’origine, de notre point de vue, nous n’étions pas les agresseurs. Dès 1792, les guerres menées contre les coalitions d’Europe centrale et de l’Est visaient à défendre la France et les acquis de la Révolution contre la tyrannie des monarchies d’ancien-régime. Certes.

Et quand, en 1803, un « Recez d’empire » (romain germanique) entérine, sous la houlette d’un Napoléon qui n’est alors que « Consul à vie », la reconfiguration de la carte de l’Allemagne, c’est plutôt une sorte d’admiration qui l’emporte face au « génie de la rationalisation » des français qui depuis longtemps occupent la rive gauche du Rhin. Pour mémoire, ses 3/4 de principautés éclésiastiques seront sécularisées, 350 petits territoires féodaux et la plupart des villes libres d’empire médiatisés (fusionnés). La Prusse ayant déjà été neutralisée en 1795, ce sont alors surtout les états du centre et du sud qui font l’objet de cette vaste opération de remembrement. De plus gros territoires font ainsi leur apparition où, parfois, mais pas toujours, sont appliqués les principes républicains (abolition des privilèges, du servage, émancipation des juifs, entrée en vigueur du Code civil). Certains sont même élevés au rang de Royaume, ce qui n’est pas pour déplaire aux dynasties locales, loin s’en faut. On estime ainsi que la Bavière et le Bade par exemple se retrouvent 10 fois plus grands et populeux qu’auparavant. Objectif : créer des Etats tampons contre la Prusse, l’Autriche et la Russie. Admettons.

Problème, parallèlement, Napoléon a repris la guerre contre l’Angleterre et, pour faire la nique à ses voisins du continent, se fait couronner lui-même Empereur en 1804. Forcément, l’Autriche qui se sent par ailleurs menacée par les nouveaux Etats du sud, se réangage alors dans un conflit contre le « français » et « échoue » à Austerlitz…

Suivant l’adage qui dit, il faut battre le fer tant qu’il est chaud, Napoléon instaure alors un blocus continental contre l’Angleterre et crée pour asseoir sa suprématie en Europe centrale, la Confédération du Rhin en 1806. Sorte d’OTAN avant l’heure, soit alliance militaire sous la protection de Napoléon, celle-ci rassemble à ses débuts seize Etats allemands (30 en 1808) qui se dissocient du Saint Empire Romain Germanique, signant par la même son arrêt de mort.

L’Autriche vaincue, c’est cependant alors au tour de la Prusse de se rebeller. Elle échouera aussi à Iéna (1806), puis, avec la Russie, à Eylau et Friedland (1807).

Cela vous dit quelque chose ? Même si l’on n’est pas « fan » de Napoléon, on a tous quelque peu en tête ces noms de « victoires » à la gloire desquelles des monuments parisiens tels l’Arc de triomphe ou la tour de la Place Vendôme se font les échos.

Pourtant, on se demande de quelles « victoires » il s’agit vraiment ?

En Allemagne, ces guerres eurent un coût terrible.

En termes de morts sur les champs de batailles tout d’abord. Austerlitz ? 15.000 morts côté Autriche. Eylau ? près de 30.000 morts et blessés côté Russie et Prusse (30.000 côté français). Et là, j’ai en tête le souvenir aigü d’une exposition organisée il y a quelques années à Bonn. Intitulée « Napoléon et l’Europe : Rêves et traumatismes », elle consacrait effectivement de nombreuses salles aux traumatismes vécus par les soldats et populations civiles.

Lors de sa dernière campagne de Russie (1812), parce que celle-ci refusait justement de se plier au blocus continental, Napoléon engagea près de 700.000 soldats dont 450.000 français, le « reste » étant des alliés dont 90.000 allemands!

Tous ne franchirent pas le fleuve frontière du Niemen, mais sur les 440.000 qui firent l’Aller, moins de 100.000 eurent droit au retour. Affreux.

Economiquement ensuite. La défaite de la Prusse en 1807 lui vaut l’amputation de la moitié de son territoire et l’obligation de payer des réparations de guerre (tiens tiens, déjà…) ainsi que des frais d’occupation faramineux. Concrètement, sur fond de blocus continental donc de blocage des importations anglaises, la fin du règne européen de Napoléon signifiera surtout misère et famine.

Du coup, on passe de l’admiration à la crainte puis à la haine.

D’autant qu’évidemment, la censure règne.

En 1813, Ernst Moritz Arndt, écrivain, poète, élève de Fichte* et « père » avec lui du patriotisme allemand, grand contempteur de Napoléon, n’hésite pas à écrire dans un pamphlet destiné à mobiliser ses concitoyens : « Je veux la haine à l’encontre des Français, non pas seulement durant cette guerre. Je la veux dans la longue durée, je la veux pour toujours ».

Quoi qu’il en soit, la défaite de Napoléon en Russie et la « Bérézina » (nov. 1812), redonnèrent des ailes aux Allemands, aux Russes et aux Autrichiens, qui, une dernière fois s’allièrent pour bouter le Tyran hors de chez eux.

Dès mars 1813, la Prusse redéclare la guerre à la France, rejointe rapidement par l’Autriche. Ici, on appelle ces levées en masse « les guerres de libération », et c’est à cette occasion parait-il que serait né le drapeau allemand, ses couleurs étant en fait celles du costume du bataillon des Corps francs étudiants de Lützow (noir, rouge, or).

La défaite finale de Napoléon eut lieu à Leipzig, en octobre 1813, durant « La bataille des nations » (enfin pas du peuple) et dont on peut « admirer » le mémorial dans la ville du même nom.

Ce qui est intéressant de constater : lors de ses deux abdications, les puissances « alliées » ne punirent pas véritablement la France, soucieuses de ménager le retour des Bourbons, restaurer certes « l’ordre ancien », mais aussi établir une sorte de « balance of power » en Europe.

De notre côté du Rhin, le culte de Napoléon se perpétua cependant bien que l’on estime à entre 800.000 et 1,3 millions le nombre de morts français occasionnés par son « épopée ».

Pour ne pas dire : mit trés trés longtemps à s’éteindre. Ainsi, on dit qu’Albert Dieudonné, interprète de l’empereur dans le célèbre film d’Abel Gance de 1927, se prenait à la fin de sa vie pour sa réincarnation. Il parait également, que dans les hopitaux psychiatriques, longtemps il y eut beaucoup de répliques vivantes du corse mégalomane (CQFD ?). En tous les cas, ce qui est aussi certain, est que cette idolâtrie peut vraiment faire commettre des folies. En 2019, à l’issue de la reconstitution d’un bal empire, le plus grand spécialiste russe de Napoléon a ainsi assassiné son étudiante et amante de 40 ans sa cadette. Puis découpée en petits morceaux.

Non décidément, Napoléon n’est pas ma tasse de thé.

*Discours à la Nation allemande, 1807

Passation des pouvoirs : tout est calme, harmonie et dignité!

Après demain, cela fera donc une semaine qu’Angela Merkel (CDU, conservateur) aura définitivement passé la main à son successeur. Olaf Scholz, 63 ans, membre du SPD (parti socialiste), en politique depuis sa jeunesse étudiante, ancien maire de Hambourg, ancien Ministrre des finances de la même « Angie », a en effet été élu mercredi 8 décembre dernier nouveau Chancelier d’Allemagne par le Bundestag. Une élection, qui n’a surpris personne, tant le résultat était sûr et attendu depuis les législatives de fin septembre. Mais qui en revanche a étonné de par sa sérénité. Sa dignité. Son « harmonie ».

Car oui, et la presse internationale l’a bien rapporté : l’Allemagne nous a donné la semaine dernière une grande leçon de démocratie parlementaire. Cela tient au système d’abord (une république fédérale ET parlementaire donc, avec un sytème électoral intégrant une part de proportionnelle versus un régime semi-présidentiel ne connaissant que les scrutins uninominaux à deux tour). Cela tient aux personnes aussi.

Ici, comme nous l’ont encore rappelé tous nos étudiants la semaine dernière, on voit au premier plan à gauche, le « nouveau » chancelier, habillé décontracté (ce qui n’est pas vrai, il porte toujours cravate), tenant son premier discours à un pupitre qui porte les couleurs du drapeau allemand. A droite, « Angela », habillée aux couleurs de l’Allemagne, qui s’en va discrètement et que la foule au loin acclame, n’ayant d’yeux que pour « Mutti » et lui lançant des « je t’aime » sur fond d’Eglise du souvenir à Berlin. Et bien sûr de la Porte de Brandenbourg, où on l’a retrouve, Victoire s’envolant dans les cieux avec son quadrige de chevaux moins ailés qu’elle… Un triomphe à l’envers ?

Sûr est qu’elle ne sourit pas. Angela, c’est bien connu, s’est rarement laissée aller à l’expression de quelques émotions que ce soit. Et la semaine passée n’a pas fait exception.

Déjà, quelques jours auparavant, lors d’une cérémonie quelque peu désuette – Le grand « Zapfenstreich » – rendu en son hommage par l’orchestre de l’Armée, on avait traqué en vain le frémissement d’une aile de nez, des yeux éventuellement embués, une larme coulant sur la joue. Rien, ou si peu, au grand désepoir des commentateurs. Pourtant, la Bundeswehr avait sorti le grand jeu, au point de faire peur à certain de mes « jeunes » (et moi avec) : soldats armés, casques d’acier, flambeau dans la nuit… Une onde de mauvais souvenir nous a descendu le dos.

Mais mercredi dernier, au Bundestag, encore rien que moins rien. Malgré les ovations à tout rompre, Angie a attendu sagement son tour à sa place de député ou d’ex. Comme si de rien n’était.

Ou si, un joli discours et des voeux de succès sincères à Olaf Scholz à qui elle dit quant à sa nouvelle fonction « C’est une tâche passionnante et gratifiante, exigeante également, mais si on l’aborde avec joie, c’est peut-être aussi l’une des plus belles tâches possibles ».

Et pof!

On croirait entendre un pasteur, parlant d’un sacerdoce au sens le plus noble du terme… et quand on sait qu’elle est effectivement fille de pasteur, peut-être comprend-on mieux toute l’impassibilité dont elle fait preuve 16 années durant. Se sentait-elle appelée par une mission supérieure ?

Olaf, le protestant sobre mais décidé du Nord, ne fut pas de reste, qui a géré la transition, tout comme il avait géré son élection. Sans vagues. Calmement, dignement et fermement.

Pourtant, la tempête aurait pu être violente, puisque pour la première fois dans l’histoire de l’Allemagne, le pays sera gouverné par une coalition Socialiste/verte/libérale, parfaitement inédite à ce jour. Et si l’on ne pouvait pas faire plus disparâtre dans les idéologies et philosophies politiques, cette coalition et le « Contrat » qui va avec de 168 pages, a été négocié en 2 mois contre 6 la dernière fois. Sans cris et sans heurs ce qui fait preuve d’un sens certain des responsabilités et doit être ici loué.

Et demain ?

Tout est bien qui finit bien en quelque sorte. L’Allemagne a un gouvernement en ordre de marche. On avait craint le pire. Au niveau européen aussi. Alors que la France s’apprête à prendre la direction tournante du conseil, qu’aurait-elle pu espérer faire, avec un gros vacum outre-Rhin?

Rien.

Tout le monde respire donc, et depuis, les grandes figures du gouvernement Scholz ont déjà fait leur petit tour de l’Europe. Avec bien sûr, en premier lieu : Paris!

Jeudi dernier, Annalena Baerbock, tête de liste des verts en septembre dernier et maintenant Ministre des Affaires étrangères, s’est rendu pour la première fois au Quai d’Orsay. On n’ose s’imaginer cette première rencontre, et en notre for intérieur, on en riait un peu beaucoup : que pouvait-elle penser, elle, alors que la France vient de décider de relancer le nucléaire, voire pire, le faire reconnaître comme énergie « verte » et « durable » par l’UE !

ça va chauffer !

Vendredi, c’était au tour d’Olaf donc. Aujourd’hui de Christian Lindner. Le Ministres des finances libéral… qui, tout en faisant illico en interne, des tours de passe-passe budgétaires quasi inconstitutionnels, allouant à un fonds « Energie – Climat », 60 Milliards d’endettement initialement prévus pour la pandémie, y défendra certainement une certaine idée de la rigueur budgétaire…

ça va être intéressant.

Côté Angie, on ne sait pas trop quelles sont ses intentions. Ikéa a bien tablé que dès lors, Mutti resterait à la maison. Mais quand on sait qu’elle a déjà un bureau réservé avec quelques huits employés, elle ne risque pas de chômer demain. Pour autant, on peut compter sur son sens des responsabilités, pour ne pas faire ombrage à ses successeurs. A moins qu’il ne lui reprenne l’envie du jeu de la Dame…