Gender Gap : le pays qui aimait les femmes (2)

Oh ! Ah ! Quand il s’agit de parler de natalité outre-Rhin, il convient de changer d’interjection chaque année. Une fois l’espoir revient, comme en 2016, quand fièrement les journaux purent annoncer que l’Allemagne avait battu ses records de fécondité avec un taux de 1,59 ayant rattrapé celui de 1970 (!).

Une autre fois, il retombe, comme l’année passée, le même taux étant descendu à 1,56, voire à 1,46 si l’on ôte les naissances redevables aux femmes issues de l’immigration. Bref, rien de vraiment neuf sous le soleil.

Pire, à terme, il y a peu de chance que les choses ne s’arrangent, et le taux de mortalité étant bien plus élevé que celui des naissances, l’Allemagne va donc continuer à voir sa population baisser, l’immigration dans ce contexte, n’étant pas qu’humanitaire, mais aussi et tout simplement nécessaire.

Raisons de cette situation : un autre Gender Gap, à savoir l’absence de modalités correctes de garde d’enfants, qui, parallèlement au reste, font entrer les femmes dans un cercle vicieux dont elles ne peuvent que difficilement sortir.

Certes, en la matière, les choses se sont améliorées.

Il y a vingt-cinq ans en effet, il n’existait en Allemagne tout simplement RIEN pour les moins de trois ans, pour la maternelle cela n’était pas sûr, et puis à partir de l’école primaire quoi qu’il en soit et jusqu’au bac, les enfants avaient cours jusqu’à 13 h de l’après-midi.

Aujourd’hui, tel n’est plus le cas. Les places en maternelles sont garanties (!) et l’école toute la journée a été peu à peu introduite, notamment pour pallier les inégalités sociales. Mais les déficits sont encore énormes, notamment pour les tout petits et ce surtout dans les anciens Länder qui culturellement ont du mal à sortir de leur « Papa travaille et Maman est à la maison ». A l’Est, ils ne connaissent en effet pas ou moins le problème, car sous le communisme les femmes ont toujours travaillé et fait garder leurs enfants. Les structures sont donc restées, quoi que, aux dires d’une amie berlinoise, cela n’est plus non plus le « paradis » que cela fut.

Dans ce contexte, il est aussi alors drôle de constater, que ce n’est même pas la Bavière conservatrice la plus en retard, mais la Rhénanie du Nord Westphalie, pourtant vieux Land industriel soi-disant « progressiste » depuis toujours.

Résultat, qu’elles le veuillent ou non, les femmes sont donc toujours plus ou moins « condamnées » à rester à la maison.

Ohne Titel

Qui s’en plaindrait la première année, voire la deuxième ? Personne !

Mais, alors arrive justement le second enfant, et on recommence. Si l’on ajoute à cela les éléments de la semaine dernière, la boucle est vite bouclée.

Concrètement, si le taux d’activité des femmes a beaucoup augmenté ces dernières années, ce n’est qu’au bénéfice des temps partiels voire de la précarité. Ainsi, près de 75% des femmes ayant deux enfants travaillent à temps partiel, contre 89% pour celles qui ont trois enfants (moi, je suis le 11% :-)). Un phénomène que l’on retrouve cependant quand les enfants grandissent puisque près de la moitié des femmes allemandes ayant des « enfants » âgés entre 15 et 17 ans, travaillent également à temps partiel.  Mais donc à double imposition.

Bienheureuses celles qui ont alors des maris au salaire confortable, ce qui n’est naturellement pas du tout le cas de la majorité, l’ensemble conduisant alors à une dégradation certaine de la vie… des enfants eux-mêmes ! On estime aujourd’hui que 21% des enfants en Allemagne vivent dans la pauvreté, entre autres parce que leur mère ne travaille pas, ou pas assez, ou n’est pas suffisamment rémunérée, ou trop imposée. Diabolique !

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Cet état de fait changerait-il avec un système fiscal revisité et des modalités de garde généralisés ? A supposer que les pouvoirs publics en aient les moyens, cela n’est cependant même pas certain.

Car là, on touche à quelque chose qui a des racines anthropologiques profondes et que certains auteurs ont largement étudié. A savoir, que culturellement, les « femmes allemandes » souvent ne peuvent pas s’imaginer une demi-minute ne pas être mère à plein temps. Pour elle, cela relève du sacrilège ou de la maltraitance enfantine. Et ça, cela ne change pas tellement.

Aujourd’hui encore quand je demande à des jeunes femmes ce qu’elles veulent faire plus tard, toutes répondent la même chose. D’abord trouver un travail stable, et après éventuellement fonder une famille. Mais là, les problèmes commencent à vrai dire car elles se sentent si déchirées entre un « tout ou rien » qu’au risque de mal faire, elles choisissent le « rien ». Pire, quand on parle des femmes de l’Est et du fait que, elles, travaillent, elles répondent encore invariablement : « c’est parce que leur mari ne gagne pas assez d’argent ». Enfin, les enfants « ça coûte cher ».

Résultat : à 36 ans, près de 60% des femmes diplômées de l’enseignement supérieur n’ont ainsi pas du tout d’enfant…

 

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