Taxi 1 : De Mahler

Dans certaines villes d’Allemagne, métropoles de par l’importance de leur population et activité économique mais encore à taille humaine et un peu provinciales, il est souvent intéressant de prendre un taxi. La plupart du temps, vous êtes véhiculés par un chauffeur salarié qui gagne le SMIC (8,84 euros l’heure outre-Rhin) et un peu à la provision : bon nombre sont taiseux. On les comprend car globalement près de 88% des chauffeurs de taxis ici gagnent ce que l’on considère comme le seuil des bas salaires, à savoir 2000 euros bruts mensuels.

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Parfois, vous tombez aussi sur quelqu’un qui travaille à son compte et qui à l’issue de votre trajet, vous laisse sa carte de visite espérant vous fidéliser en tant que client. Bonne idée, sauf qu’après avoir effectivement utiliser leurs services, il arrive de recevoir un sms dans la foulée : « Alors chérie ! Besoin d’un taxi ? ». Entre les deux et moins rarement qu’on le pense, on rencontre des gens peu banals pour ne pas dire originaux.

Comme ce jour de novembre où l’on prit place à côté d’un Monsieur en costume cravate qui écoutait l’équivalent de France Musique un dimanche à 10 heures du matin.

Un peu interloquée d’autant qu’il semble s’agir d’une œuvre dramatique dont l’intensité s’amplifie à chaque fois qu’à intervalle régulier le tintement d’une clochette s’immisce dans la mélodie, on attend un peu et lance : Oh, c’est rare d’entendre de la musique classique en voiture… qu’est-ce que c’est ?

– Les Kindertotenlieder de Gustav Mahler, une œuvre remarquable, vous connaissez ?

J’ai dû connaître, il y a longtemps en effet, mais n’est pas la tête au tragique en ce moment et à cette heure matinale aurait aimé quelque chose de plus léger. Je réponds évasivement.

– Dans une interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau, extraordinaire n’est-ce pas ? C’est tout aussi merveilleux que les Lieder eines fahrenden Gesellen ou ceux de Brahms.

Il va falloir que je réponde quelque chose et comme il y a forte chance que je m’enlise, je botte en touche.

– Ah Gustav Mahler! Excusez-moi, mais malgré tout le respect que je lui dois et même si je n’aime pas son épouse, Alma Mahler, il l’a bien fait souffrir quand même avec son indifférence affichée, ses silences, ses exigences folles d’assujettissement.

On disserte alors un temps sur cette sorte de mante religieuse que fut Alma par la suite, enchainant les artistes pour finir sa vie exilée aux Etats-Unis dans un appartement transformé en musée et qui affichait sur ses murs sa collection d’hommes, puis… on revient vers Concerto à la mémoire d’un ange, qu’écrivit Alban Berg, quand elle perdit, encore une fois, une petite fille. Vers la musique en somme.

Où on apprend alors, que Taxi, c’est pour l’écouter toute la journée. Quand il n’est pas à la Philharmonie, ou à convoquer quelques amis chez lui pour savourer quelque rareté.

Hommage donc, mais cette fois dans une version de Bernada Fink

Remarquable effectivement.

2 réflexions sur “Taxi 1 : De Mahler

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