Réjouis-toi mon âme, réjouis-toi mon coeur

Pour faire le trajet entre Francfort et Leipzig située dans le Land de Saxe à l’est de l’Allemagne, vous avez besoin en train à grande de vitesse et sans changement de 3 heures environ. Une durée idéale pour se plonger, une tasse de café à vos côtés, dans je ne sais quel dossier ou livre demandant une concentration prolongée. La semaine dernière, c’est ce que nous comptions faire mais n’avons pas fait.

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Avec en tête les étapes à venir, à savoir les villes à traverser qui toutes nous ramenaient sans cesse sur le parcours de vie du grand Bach (Johann-Sebastian), de Eisenach où il naquit (1685) à Leipzig donc où il vécut de 1723 à sa mort (1750) en passant par Erfurt non loin d’Arnstadt, irrésistiblement on se laissa aller à rêver, regardant défiler à travers la vitre ces paysages campagnards allemands qui a chaque fois nous émeuvent profondément. Comme si bien qu’étrangers ils nous étaient aussi familiers.

Ja, ich komme und erquicke

A la gare de Francfort, le panneau indique comme première destination : Fulda. On n’y prête cependant pas attention, car Fulda, dans notre souvenir, c’est certes le siège de la conférence épiscopale allemande, dans son ensemble souvent progressiste, mais aussi et de par son évêché, la forteresse certaine d’un catholicisme des plus réactionnaire et qui donne quelques frissons dans le dos.

Lentement cependant, plus on s’éloigne de la banlieue francfortoise et s’enfonce dans la vallée d’une petite rivière dite Kinzig, la nature exerce son pouvoir enchanteur. Partout à l’horizon des collines boisées aux verts profonds, avec, entre deux vallons, des bourgs lovés et leurs toits de briques brunes d’où seule émerge la flèche de l’église.

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Au premier plan, les pentes douces sont découpées en une succession de prés-carrés dont la palette de couleurs fait alterner le vert amande des prairies avec celui plus sombre de quelques champs de luzerne déjà fauchés ou encore jaune tendre des blés et enfin éclatant des colzas. Tout cela respire la quiétude même (ou son illusion) et quand on en vient à passer, après Fulda, devant une ferme à colombages entourée de ses communs et posée, là, comme ça, au bord de l’eau, dans sa plus simple authenticité, on lâche prise. Sommes-nous dans la petite suisse normande ? Ou peut-être dans la vallée de l’Oreuse, ou bien encore en dessous du Morvan ? Non. Nous sommes en Hesse.

Deine Seele, die soll leben

Le train poursuit sa route et pour atteindre Eisenach, aux portes de la Thuringe, il doit contourner la chaine du Höhn par le haut, puis la fameuse « forêt de Thuringe » justement, « coeur vert de l’Allemagne », à la pointe nord de laquelle veille en surplombant la ville natale de Bach, la non moins célèbre « Wartburg » où Martin Luther se réfugia un temps et où il traduisit les ancien et nouveau testaments en allemand (1521 – 1522).

Et là, à pas moins de 200 kms à l’heure, tout à coup, au sortir de nos petites vallées, non pas encaissées, mais vallées tout de même, c’est dans le bassin de Thuringe que nous déboulons. Bassin, plaine ?  Que disons nous ? C’est la mer !

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A perte de vue, d’immenses champs qui dans leur quasi-totalité sont dédiés à la culture céréalière. Ici, et à partir de maintenant jusqu’à Leipzig, plus de 60% de l’espace est en effet consacré à l’agriculture intensive. On se croirait en Beauce ! Ou peut-être en Bourgogne, sur la route qui mène vers le sud et traverse des kilomètres durant des espaces presque parfaitement vides. Là-bas, au loin, n’est-ce pas Châteauneuf en Auxois ? Non, mais c’est peut-être la Veste-Wachsenburg. D’aucuns peuvent trouver ces vastes étendues ennuyantes, pour d’autres c’est la paix incarnée.

Le soleil ne se lève ni se couche, il est plutôt au quart de son parcours après son zénith. Le ciel est parfaitement bleu et je sais que légèrement plus bas, la vieille ville d’Arsntadt où Bach commença sa carrière et peut-être rencontra Maria-Barbara, flotte au milieu d’un océan de blés mûrs.

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Lentement, nous arrivons à Leipzig. Ville s’il en est du grand Kantor, mais aussi de Schumann et Liszt.

Le lendemain, cela en est fini de l’été. Il pleut et fait froid. A 15 heures, il serait possible d’aller écouter une cantate (peut-être la BMW 21) à la Thomaskirche, mais les averses nous chassent. Cet été, pas moins de 80 000 visiteurs sont attendus pour la traditionnelle Bachfest. L’année prochaine, elle sera consacrée à Bach, musicien de cour. L’occasion peut-être de prendre le train et d’aller découvrir Köthen cette fois.

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