Angela : merci et tiens bon.

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Aujourd’hui, jour pour jour, cela fait très exactement 10 ans qu’Angela Merkel, leader du parti conservateur CDU outre-Rhin, a été élue Chancelière de la RFA et préside aux destinées de son pays. Et, pour une bonne partie, de l’Europe.

Dix ans qui, il y a peu encore, paraissaient souvent une éternité, tant Angela était passée maître de la politique du « silence », du ne rien dire et d’abord ne rien faire, pour… épuiser un à un ses contradicteurs, et, in fine, aboutir à des compromis tellement consensuels qu’ils en étaient effectivement… indiscutables. Ou, variante, prendre au dernier moment et par surprise les mêmes à rebrousse poil, soit leur couper l’herbe sous le pied et… s’en débarrasser (sortie du nucléaire : « Tschüss » les Verts).

Résultat : l’Allemagne était anesthésiée. Ce qui n’était pas pour lui déplaire.

Depuis les atroces attentats qui ont ensanglanté Paris il y a quinze jours et surtout depuis août dernier qui a vu et voit toujours l’arrivée massive outre-Rhin de réfugiés du Moyen-Orient et des Balkans (bientôt un million), tout semble avoir basculé cependant. Et l’on découvre avec étonnement une Angela qui, fille de pasteur protestant pendant longtemps enfermée derrière les murs de la RDA, se révèle peut être enfin à elle-même au risque de bousculer ses compatriotes.

Sensible, humaine, ouverte et certainement idéaliste, pour l’heure elle ne lâche toujours pas sur ce que l’on peut certainement en politique qualifier de sentiments compassionnels « inadaptés ». A moins qu’au contraire il s’agisse enfin de l’affirmation de certaines valeurs morales trop longtemps oubliées?

En tous les cas et une fois n’est pas coutume : Merci Angela et tiens bon.

«Une ville qui célèbre la liberté»

Le 14 novembre, dans l’allocution qui a suivi les massacres de Paris, c’est ainsi une Angela toute vêtue de noire et quasi au bord des larmes qui s’est présentée au public.

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Bien sûr, on pourrait se prêter à rêver enfin d’une sorte de coalition franco-allemande qui porterait demain politiquement et militairement l’étendard des Lumières, des valeurs européennes. Mais, dans ce pays « neutre » et profondément pacifiste qu’est la RFA, tout porte à croire que ce n’est pas demain la veille que le partage des rôles va bouger. A l’Allemagne, forte économiquement, la gestion de la crise « humanitaire», à la France, exsangue (et où, pour cause, personne ne veut aller), l’envoi de ses forces armées. Mais de l’amitié franco-allemande, des liens qui unissent profondément nos concitoyens, on ne peut pas douter. Ici, oui, on peut dire que tous les allemands partagent ce qu’elle a dit alors  – «Nous, vos amis Allemands, nous nous sentons si proches de vous, nous pleurons avec vous » – lançant ensuite un appel pour que chacun apporte sa réponse individuelle au terrorisme : «Notre liberté est plus forte que la terreur ».

Skieuse imprudente?

Alors que, près de trois mois après l’ouverture des frontières outre-Rhin, 5 000 à 10 000 réfugiés continueraient d’affluer chaque jour vers l’Allemagne, bien malin celui qui peut dire comment, tout comme en France, la situation va évoluer en interne.

Evidemment, l’aile droite de son parti et sa variante bavaroise CSU ultra-conservatrice, lui tombe a bras raccourci sur le dos, soignant son électorat et jouant sa survie/raison d’être politique.

Evidemment, la popularité d’Angela a quelque peu baissé, ou dit autrement, son impopularité est passée de 32% en juillet à 42% actuellement.

Evidemment et notamment à l’Est, les clivages politiques se creusent, les partisans de Pegida et Legida, ces mouvements anti-islams implantés à Dresde et Leipzig, trouvant en face d’eux lors de leur manifestations des lundis qui rassemblent de 1000 à 10 000 personnes, autant d’opposants, citoyens mobilisés contre le racisme ou militants d’extrême gauche.

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Evidemment, la disponibilité des allemands à accueillir des réfugiés s’érode, 50% disant aujourd’hui que « cela suffit ». Les capacités d’accueil sont saturées, les situations sanitaires et sociales préoccupantes, les bénévoles pour certains épuisés ou déçus.

Mais la « Willkommenkultur » qui a caractérisé l’Allemagne de cet été, n’est peut être pas non plus qu’un épiphénomène, soit « morte ».

D’abord, on s’imagine mal, quel aurait été l’effet en termes d’image, si en août dernier, des milliers de policiers armés avaient bloqués les frontières allemandes, refoulant vers leur pays d’origine, les colonnes de réfugiés qui s’y pressaient. Notamment de syriens, puisque c’est en refusant de les renvoyer chez eux qu’Angela a « tout déclenché ». On en aurait lu des commentaires peu amènes, enfonçant le clou pour dénoncer une Allemagne égoïste, opulente grâce à l’Euro mais toujours et comme au bon vieux temps xénophobe.

Ensuite, cela serait méconnaître la générosité qui caractérise profondément l’Etat et les citoyens allemands.

Au rang des donateurs pour les pays en voie de développement, l’Allemagne se place en effet toujours à la troisième position mondiale en volume absolu.

En juillet dernier, ce sont aussi ses ressortissants qui se sont montrés les plus généreux lors d’une opération de « Crowdfunding » privée, lancée par un cadre londonien pour …. sauver la Grèce et l’aider à rembourser ses dettes ! Le monde à l’envers en quelque sorte.

Et en 2013, le montant des dons privés effectués par les allemands lors de catastrophes naturelles avait atteint le record de 4,7 milliards d’euros.

Enfin, il n’est pas si sûr que ça que « sur le terrain », l’altruisme s’essouffle entièrement. Certes, la situation est tendue et ça et là se produisent des échauffourées. Mais à Cologne, dans le Nord-Ouest, où 8000 réfugiés sont hébergés et si l’on en croit des dires de personnes concernées, cela serait plutôt le contraire. A Riehl, en tous les cas, un quartier pourtant résidentiel de la ville, l’initiative citoyenne qui travaille étroitement avec la municipalité  voit « les propositions d’aide continuer à arriver».

Surtout, Angela persiste et signe, refusant toujours de définir une «limite supérieure » d’accueil et invitant toujours ses compatriotes à se dépasser. Le 16 novembre dernier, à l’issue d’une réunion tendue avec la CSU elle a encore affirmé : « Nous vivons de la compassion, de l’amour du prochain, de la joie de faire partie d’une communauté ». On croit rêver.

 

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