On peut rire de tout mais pas avec tout le monde (fin).

Trois mois après les attentats contre Charlie Hebdo qui ont fait douze morts à Paris sans compter les victimes de Montrouge et de la Porte de Vincennes, outre-Rhin aussi on continue à se déchirer en public sur le « principe de conviction » et le « principe de responsabilité ». En clair, peut-on tout dire (dans le respect des droits de la liberté de la presse naturellement), tout dessiner et tout publier en vertu de ce que sa conscience / raison estime juste. Ou doit-on sans cesse se demander si tel dessin, jeu de mots et je ne sais quoi encore, en « risquant » d’offenser certaines catégories de la population, ne va pas autoriser des poseurs de bombes potentiels à passer aux actes, en tous les cas allumer un feu social qu’il sera difficile d’éteindre par la suite ?

Mi février dernier, les carnavals de Cologne et de Düsseldorf avaient ainsi répondu de manière opposée à la question. Timorée ici – la capitale rhénane du carnaval annulant son char « Charlie » au dernier moment – engagée là – sa concurrente du nord, n’hésitant pas à le faire défiler.

Les carnavals de Cologne et Düsseldorf

Ce week-end, la « petite » ville de Hanau, non loin de Francfort sur le Main, a aussi répondu « oui » en ouvrant une exposition consacrée aux dessinateurs Achim Greser et Heribert Lenz. Intitulée « C’est une blague, non ? » elle présente 220 de leurs œuvres, dont pas plus de quinze traitent de la religion mais dont une, dessinée juste après les attentats parisiens a déjà fait couler beaucoup d’encre en Allemagne (et assuré la communication de l’expo J). On y voit Jésus et Mahomet tous deux plongés dans la lecture de feuilles satiriques, Jésus disant à son comparse : « M. je n’arrive pas à y croire. A cause de tes idiots, on doit maintenant renoncer à ces formidables plaisanteries sur nous ».

A. Greser et H. Lenz

Courage? Blasphème, provocation, irresponsabilité? Ou beaucoup de bruit pour pas grand chose en définitive ?

Il est encore trop tôt aujourd’hui pour évaluer où demain les acteurs de la culture, les journaux et publicistes en tous genres traceront leur propre ligne d’auto-censure, mais comme le résumait au mieux dans Le Monde du 16 février dernier Patrick Chappatte, dessinateur suisse travaillant de Los Angeles pour des journaux américains et européens, il est clair « qu’une innocence a été perdue pour toujours ». Et que dans notre monde globalisé où tout peut être vu et lu partout en tout instant, l’adage de feu Pierre Desproges prend tout son sens. Oui, « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde ».

Question de culture.

Ou de manière de dire ? Si, comme moi et jusqu’il y a peu, vous ne connaissiez pas Patrick Chapatte, ici, le lien sur sa page facebook et quelques uns de ses dessins à l’humour subtil qui dénoncent sans provoquer ?

La page facebook de P. Chapatte

PS : pour ceux qui n’auraient pas compris, il va sans dire que nous ne confondons pas les gens de EI avec les musulmans.

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