« C’est une révolte ? » « Non Sire, c’est une révolution. »

C’était en 1789. Le 15 juillet. A neuf heures du matin à Versailles. Ce que répondit le duc de la Rochefoucauld à Louis XVI quand celui-ci s’informa, après avoir chassé le jour précédent sans succès, des troubles concomitants de la veille à Paris. A savoir la prise de la Bastille.

Quelques 200 ans plus tard, en novembre à Berlin, l’histoire semblait se répéter.

Cela faisait des mois que les membres du gouvernement de la RDA et de l’appareil du SED, le parti communiste unique, assistaient, complètement hébétés et dépassés, les bras ballants et sans voix, aux évènements qui étaient en train de les emporter.

Depuis le début de l’année et l’ouverture des frontières de la Hongrie et de l’ex- Tchécoslovaquie, 50 000 « Ossis », avaient déjà fui vers l’Ouest, souvent dans des conditions dramatiques (par le biais de l’ambassade de Prague quasi assiégée et de « trains spéciaux » en rappelant d’autres). Pour octobre seulement, on comptait près de 200 000 demandes de visa pour l’étranger.

Et le peuple mécontent, continuait à taper des pieds sur le pavé. 90 000 manifestants calmes et déterminés à Leipzig le 9 octobre. Près d’un million le 4 novembre sur l’Alexanderplatz de Berlin Est.

Rien ne semblait les arrêter.

Gorbatchev avait laissé tomber le vieux stalinien d’Honecker, président de la RDA de 1976 à octobre 1989. Un de ses cadets, Egon Krenz, inventeur de la tournure « die Wende » (le tournant = comprenez alors, le parti parle, discute et négocie avec « son » peuple pour redessiner les contours d’un futur paradis communiste), peinait à la tâche, n’ayant toujours pas compris qu’il ne devait plus appeler ses concitoyens « camarades ».

Kohl, et Schäuble, son Ministre des finances déjà, les faisaient mariner dans leur jus, d’après le principe : « pas de réformes, pas d’argent ».

Ce soir là du 9 novembre 1989, c’est à Günter Schabowski, patron du SED de Berlin et depuis peu nommé porte parole du nouveau bureau politique national , qu’il échut de faire la gaffe de la gaffe.

Soit, lors d’une conférence de presse destinée à annoncer les nouvelles règles à venir pour les voyages à l’étranger, de dire que celles-ci étaient applicables « immédiatement ».

Il était 18 : 53.

A 23 : 30, face à la pression de la foule, les gardes frontières de la Bornholmer Strasse à Berlin levaient leur barrière.

A 23 :40 les autres postes frontières suivaient.

Un peu moins d’un an après (3 octobre) l’Allemagne était réunifiée. Pour le meilleur et pour le pire.

Entre temps, et si l’on en croit le magazine « der Spiegel », près de 50 apparatchiks du SED s’étaient suicidés, ne pouvant supporter la situation, leur défaite spirituelle/politique ou par crainte des représailles des « vainqueurs ».

Un demi siècle d’histoire européenne avait refermé (ou levé) son rideau.

Aujourd’hui, si tout le monde n’est pas enchanté de la réunification, chacun sait que la vraie fête nationale allemande devrait être le 9 novembre.

Impossible cependant, car le 9 novembre c’est aussi le jour de l’abdication de l’empereur Guillaume II avant l’armistice de la Première Guerre Mondiale qui devait enfanter le « Führer ». Le 9 novembre, c’est dans la foulée la « nuit de cristal » des nazis de Hitler en 1938, qui, en attaquant directement et officiellement dans la rue la population juive de l’Allemagne, donna – sans le dire – le coup d’envoi de la solution finale…

Pour autant, les manifestations du souvenir seront naturellement à la hauteur même si la DB fait grève. (Oui, vous avez bien lu, les chemins de fer allemands font grève)

Et comme nous avons notre centenaire de la Grande Guerre ainsi que tout son folklore commémoratif, Berlin retrouvera « son mur » (dont il ne reste aujourd’hui que quelques pans) sous la forme de ballons qui s’envoleront alors, peut être, vers le ciel.

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