Cela peut-être aussi « riant » un… cimetière français.

Pendant longtemps, à chaque fois que l’on parlait « cimetière » seuls des souvenirs gris, liés à l’enfance, du temps d’avant l’Allemagne, remontaient à notre mémoire.

Gris tel généralement le ciel plombé de ce jour de novembre, où pour la Toussaint et comme presque tout un chacun, en famille on allait honorer nos morts. Des morts qui, pour les avoir à peine connus, nous paraissaient alors tous très vieux et issus de temps antédiluviens parfaitement irréels.

Gris comme nos mornes cimetières de France. Rejetés en dehors des centres villes, barricadés derrière de hauts murs, faits d’allées de graviers tracées au cordeau, avec de part et d’autre des pierres tombales en granit bleu, noir, gris ou vieux-rose, certaines décorées de plaques de même nature ou de pensées éternelles en céramique violette, sans aucune verdure… ils exhalaient une profonde désolation, que le recueillement et le silence imposés démultipliaient par vingt. Comme si la mort et le rapport à la mort étaient à ce prix.

Évidemment non. Outre-Rhin, comme dans de nombreux pays nordiques ou anglo-saxons, il en va tout autrement. Car non seulement l’Allemagne ne connaît que des cimetières paysagers et des tombes du même nom (un lit d’arbustes, de plantes vivaces surmonté d’une stèle) mais ces « lieux du dernier repos » sont surtout des lieux de vie où souvent on va se promener le dimanche, comme si l’on se promenait dans n‘importe quel parc. Un lieu où les conversations vont bon train, les enfants apprennent à marcher ou à faire du vélo…

Mais parfois, pour un Français, cela va un peu trop loin, car si l’on aime l’idée de la mort se réinscrivant dans le grand cycle de la nature donc de la vie, le coup du vélo, lui, coince.

De même que les conversations « comme si de rien n’était ».

Et c’est là qu’on remercie les Chrysanthèmes.

Fleurs des cimetières par excellence en France (c’est le Président Raymond Poincaré qui, exigeant en 1919, lors du premier anniversaire de l’Armistice de la Grande Guerre, que tous les cimetières soient généreusement fleuris, en fit alors la « fleur des veuves »), vendues à près de 24 millions de pots chaque année, notamment pour la Toussaint, elles viennent alors fort à propos égayer nos nécropoles de leurs pompons jaunes, bruns, orange ou blancs.

Dans la Meuse.

Et si par hasard, le soleil s’en mêle, toutes ces couleurs vives et mordorées sur fond de granit gris, transforment nos cimetières désespérés, l’espace d’un jour et d’un instant, en une superbe louange aux défunts, silencieuse mais lumineuse et riante.

2 réflexions sur “Cela peut-être aussi « riant » un… cimetière français.

  1. « dans le grand cycle de la nature …, le coup du vélo, lui, coince »… Fallait oser. Vu la nature de l’article (beaucoup aimé par ailleurs), je suis pas sûr que ce soit fait exprès ; mais c’est amusant !

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