Cause féminine sous Angela : le progrès malgré elle!

Avant de repartir sur Napoléon (pour en fait vous parler de Germaine de Staël, déjà évoquée), petit interlude sur le bilan de la cause féminine après 16 ans de gouvernement Merkel.

Vous allez nous dire : elle nous gonfle celle-là !

Oui, et je suis bien d’accord avec vous, vu que la situation de la « femme » et « mère » en Allemagne, m’a toujours assez interloquée et gênée, mais que j’ai bien dû m’aligner sur leur juridiction.

Donc, comme en ce moment on est à l’heure des « bilans » de l’ère Merkel en Allemagne, notamment à l’encontre des femmes et mères qui ne l’ont jamais intéressée (on ne la condamne pas, c’est très facile à comprendre), quand même un petit bilan, vécu.

Prérequis 1 :

  • Sous le nazisme, il était clair, que la femme se devait d’être au foyer, pour élever de gentils aryens aux yeux bleus et cheveux blonds. C’est le fameux « Kinder, Küche, Kirche ».
  • Pétain n’a pas fait autre chose, qui octroya à ma grand-mère une « médaille » de mère de famille nombreuse. Malheureusement, cela ne l’arrangeait en rien, et elle aurait préféré du « pain » pour nourrir sa nichée (13 enfants, on passe).
  • J’ai beaucoup toujours de compassion pour ma Grand-Mère, aimante. Et les familles nombreuses.

Prérequis 2 :

  • Après le nazisme, les représentants de la Constituante de la RFA – prétextant le « nazisme » justement, et son enbrigadement des jeunes – n’ont rien trouvé de mieux à dire que la « sphère familiale » relevait du privé (!!!), et que en « aucun cas », l’Etat ne devait s’en méler.
  • C’est écrit dans la constitution de 1949.
  • Du coup, les femmes étaient de nouveau renvoyées à leur fourneaux, mais cette fois-ci pour la « bonne cause » ! La vraie de vraie!! Cool quand même! Une partie du miracle économique de l’Allemagne d’après-guerre vient de là, les femmes n’étant pas sur le marché du travail.

Tout ceci a formidablement bien fonctionné, jusque dans les années 2000.

« Et si vous le mettiez en centre d’accueil pour enfants (abandonnés, ndlr)? »

je me souviens de ma belle mère, qui, alors que je voulais faire garder 15 heures par semaine mon aîné pendant qu’il faisait la sieste pour que je puisse souffler ou « travailler » avait suggéré, qu’on le mette à la DAAS.

Cela m’avait extrèmement choquée (euphémisme). Mais c’était comme ça. Ce qu’elle pensait.

Non seulement il n’y avait strictement aucune infrastructure digne de ce nom pour accueillir les enfants (jusqu’au bac de ma dernière), le système fiscal faisait tout pour « sortir » les femmes du marché du travail (aujourd’hui encore) mais en plus, on était socialement condamnée quand on voulait travailler. Etant alors qualifiée de « Rabenmutter » (la mère corbeau).

Le Spiegel cette semaine, aime à le rappeler. En 1992 – 1995 (année de naissance de mon fils aîné), 75% de la population ouest- allemande (53% à l’Est) pensait qu’un petit enfant « souffrirait », s’il ne restait pas dans les jupons de sa mère jusqu’à six ans (Les Françaises criaient, elles, à l’inceste !!!). Aujourd’hui, ce « taux » serait tombé à 45% à l’Ouest et 24% à l’Est.

J’ai lutté longtemps contre le « système » donc, et un jour j’ai abandonné, car par ailleurs, il était hors de question que je « refile mes gosses » à des structures ou personnes incompétentes.

Le tournant des années 2000

Les choses ont commencé à bouger au début des années 2000. Raisons ?

  • un déficit démographique terrible, l’Allemagne plafonnant toujours aujourd’hui à un taux de fécondité de 1,57 en 2019 (dû en partie aux migrantes des dernières années). A l’époque, c’était 1,3. Avec de grands écarts entre les « Nouveaux Länders » et les anciens, de l’Ouest et les milieux sociaux.
  • L’étude Pisa sur les performances du système scolaire qui a définitivement enterré le mythe des « jolis après-midis passés à pratiquer des activités artistiques et sportives »!
  • Car dans les fait, ceci n’était réservé qu’aux enfants de la bourgeoisie, la grande majorité des autres regardant la TV ou ne faisant rien… Résultat : la scolarisation des enfants le matin seulement (jusqu’à 11 h ou 12 h ou 13 h), renforçait terriblement les inégalités sociales, mettant en danger même l’intégration des jeunes issus de l’immigration.
  • et bien sûr, la demande des femmes elles-mêmes, désirant quand même un meilleur équilibre entre vie familiale et professionnelle.

Il faut quand même savoir que, aujourd’hui encore, 26% des femmes diplômées en Allemagne n’ont PAS D’ ENFANTS. Par peur justement de devoir rester à la maison et rayer d’un trait toutes les compétences acquises durant leurs études, leur vie personnelle etc…

Dans ce contexte, Angela n’est pas pour grand chose dans la « Révolution » qu’a connu tout le système scolaire allemand (de la maternelle au lycée) et comme le titre le Spiegel de cette semaine. Mais deux de ses Ministres.

Renate Schmidt (socialiste) d’abord qui déblaya le terrain. Et surtout Ursula von der Leyen, aujourd’hui Présidente de la Commission européenne après avoir été Ministre de la famille en Allemagne de 2005 à 2009 (puis du Travail, puis de la Défense…).

C’est à cette femme en effet, membre de la CDU, médecin et mère de septs enfants que ses concitoyennes en Allemagne doivent tous les progrès accomplis en la matière depuis lors. Et ils sont nombreux ! Voire luxueux pour le coup, si on compare certains de ses aspects à ce qui se passe en France.

  • D’abord un congé parental d’un an à 65% de son salaire antérieur (voire de 14 mois si le « père » décide de garder aussi son enfant deux mois durant) ou à 32% pendant presque 3 ans.
  • La « garantie » d’avoir une place au jardin d’enfant à partir de 3 ans, maintenant une place en crêche à partir de deux ans. On ne vous dit pas que cela « fonctionne » – loin de là pour les plus petits (près de 330.000 places manquantes), mais du moins est-ce inscrit dans la loi et donne donc du travail aux cabinets d’avocats.
  • L’école « toute la journée » en primaire : ce qui ne signifie pas que les enfants ont cours l’après-midi mais qu’ils peuvent être « gardés » à l’école, y faire leurs devoirs, pratiquer des activités périscolaires etc…
  • Le collège et le lycée aussi « toute la journée » (avec cette fois des cours l’AM) et la possibilité d’y manger dans une « cantine » ou « cafétéria »… Apparemment, 70% des établissements du primaire et collèges offriraient aujourd’hui une telle possibilité (contre 16% en 2000), et près de 50% des elèves l’utiliseraient (ce qui montre cependant là encore, que la pratique n »est pas du tout encore entrée dans les moeurs.)

Toutes ces années passées, Angela n’a jamais rien dit sur la question féminine allemande, tout en laissant faire. Ce n’est que maintenant, alors qu’on le lui « reproche » à demi-mot, qu’elle tente quelques sorties féministes ou explications. Difficile, ou… peut-être pas à comprendre, si l’on s’en tient à quelques faits.

Pour excuses :

  • Elle-même n’a pas eu d’enfants, ce dont on ne pourrait lui vouloir, c’est son choix.
  • en Allemagne de l’Est, ce problème n’existait pas. Et de facto : le taux de natalité était exactement parallèle aux moyens mis en oeuvre : une politique familiale attractive, tant en termes de services que de fiscalisté. Toutes les femmes est-allemandes, ont toujours pu compter sur « l’Etat » pour travailler. D’ailleurs, aujourd’hui ces dernières, toutes catégories sociales confondues, ont toujours plus d’enfants que celles de l’ouest.
  • A l’Ouest, les méchantes langues disaient qu’elles étaient « aliénées ». Que si elles disposaient de tous ces moyens c’était parce que la RDA manquait de main d’oeuvre (ce qui n’est pas faux), et que le salaire de l’homme ne « suffisait » pas. Ceci, je l’ai entendu de mes propres oreilles par des jeunes femmes de l’Ouest il y a encore peu. Les femmes est-allemandes cependant, comme les françaises, n’ont jamais vu où était leur problème »d’aliénation ».
  • Elle ne voulait pas lancer la discussion au sein de l’union (CDU/CSU), pour qui cela a toujours été un sujet sensible, étant la moins bien placée pour le faire. D’autant que comme elle l’a dit récemment, elle n’a jamais compris où était le problème (des Allemands de l’Ouest) justement concernant leur crispation sur la garde des enfants et d’un système scolaire intégré.

Ce qui est vrai.

Pour finir, même si l’avenir démographique de l’Allemagne n’est pas des plus rose, tout est bien qui finit bien.

Napoléon : le tyran! (1)

A tous les coups cela marche.

Quand je dis à mes étudiants et autres interlocuteurs allemands, qu’avant de franchir le Rhin, JAMAIS, ô combien JAMAIS, je n’avais entendu parler de Napoléon Bonaparte en France (Soit 30 ans durant quand même, alors qu’à la base on a étudié l’histoire), tout le monde éclate de rire !

On les comprend! Et ils ont raison!

Pour autant c’est vrai.

Bien que lectrice enchantée d’Alexandre Dumas et autre – le récit de Waterloo par Stendhal me faisant huler de rire (chacun ses trucs !)- , force est de reconnaitre que ce personnage « impérial » ne m’a strictement jamais intéressée. Du coup, même si j’ai habité le XIXème arrondissemnt de Paris pendant plus de 8 jours, jamais, sûrement jamais, je ne verrai l’Exo organisée à l’occasion du bicentenaire de sa mort à la Villette. A la périphérie de Paris.

Certainement parce que c’était un militaire justement et que franchement dit, on n’en a rien à battre de ses « campagnes » parfaitement impérialistes à la fin de son règne. D’autant, qu’elles semblaient n’avoir rien changé à la carte de l’Europe, se soldant par un retour au statut-quo de l’Ancien régime, soit la carte de France de Louis XIV (mais des millions de morts).

Bref, nul et non advenu. Puéril et inutile. On ferme les yeux et le ban. Merci la Villette.

En revanche, Napoléon l’esclavagiste, oui, ça, cela nous parlait. Car de facto, c’est bien lui qui s’attacha à réintroduire l’esclavage dans les possessions caraïbes françaises en 1802.

Napoléon : l’esclavagiste

Pour mémo : l’esclavage dans les « colonies » d’outre-mer (Caraïbes + Réunion), avait été aboli en 1794, soit 5 ans après la déclaration des « Droits de l’homme » (on vous laisse apprécier : anachronisme).

Les enjeux (économiques) étaient trop grands. Le sucre à l’époque, c’est de l’or, du pétrole quoi, ou l’accès à Internet.

La Guadeloupe saisit cependant sa chance, de même que Haïti (dont la révolte précipita le décret d’abolition), mais la Réunion se boucha les oreilles et la Martinique préféra, elle, se « vendre » à l’Angleterre, pour sauvegarder son équilibre économique.

Joséphine était martiniquaise.

Pendant longtemps, la rumeur a circulé que la réintroduction de l’esclavage en 1802 avait été faite sous la pression des amis de Joséphine justement, qui en bonne fille de « béké », même si elle n’avait pas « subi » l’abolition d’une main d’oeuvre gratuite, tenait quand même à rester sous le giron français.

C’est d’ailleurs ce qu’affirma aussi plus tard « Bonaparte », n’hésitant pas à charger le « lobby » esclavagiste et ses « criailleries » pour justifier ses décisions et actes.

La répression en Guadeloupe fut sanglante et couronnée de succès (on mata les guadeloupéens). En Haïti, on « échoua ». Elle devint la « 1ère République noire indépendante » de l’humanité. Toussaint Louverture, son leader indépendant, fut cependant arrêté, et finit ses jours d’une pneumonie dans le fort de Joux, dans le Doubs.

Problème, il se déclarait aussi foncièrement raciste. C’est comme ça.

« Je suis pour les blancs, parce que je suis blanc. Je n’ai pas d’autres raisons, et celle-là est la bonne ».

Mais un beau, un gros, un vrai !

« Comment a-t-on pu accorder la civilisation, à des gens qui ne savaient même pas ce qu’était la France ». !

En voilà des arguments !

Et là, on saisit nos étudiants allemands !

Parbleu !

ça, on ne le savait pas !

On savait juste qu’il avait reformé l’Allemagne, puis après, à force d’humiliations, contribué à la naissance de l’idée… d’une nation allemande !

Le MESSIE

Quand Napoléon devient 1er Consul et débarque en Allemagne, à l’issue de ce que l’on appelle la première guerre de « coalition » qui se termina par les traités de Bâle et de Berlin en 1796, puis de Campoformio en 1797, tout d’abord on le prend pour une sorte de « Messie ».

L’annexion des territoires de la rive gauche du Rhin – déjà opérée par les armées révolutionnaires – est enterrinée pour la France, de même que celle des Pays Bas autrichiens.

Pour autant, les Princes ou écclesiastiques à qui appartenaient ces terres, se doivent d’être indémnisés. Par d’autres terres que l’on prendra…. sur la rive droite du Rhin.

Comme ils ne semblent pas pressés de le faire (une constante en Allemagne « Pas d’expérimentation »), Paris prend les choses en main.

Pendant près de dix ans, l’Allemagne, qui est alors un puzzle d’Etats laïcs ou écclésiaux parfois minuscules, sans compter ses 51 villes franches et libres, va être remembrée par ce que l’on appelle la « sécularisation » (des biens écclésiastiques, pour dégager des liquidités) et la médiatisation.

Concrètement, cela signifie la « perte » et/ou redéfinition de plus de 110 territoires / principautés à l’ouest, concernant plus de 3,5 millions de germanophones priés de changer de « suzerains » (autorité hiérarchique, us et coutumes dont juridiques, éventuellement religion inclus).

Les biens de l’Eglise : on les vend, nationalise, et, dans le pire des cas, détruits. A Cologne, Napoléon fit ainsi abattre 62 Eglises !!! Un chiffre qui reste hallucinant ! Hallucinant par sa brutalité, mais aussi par ce qu’il disait de la « Cologne » de l’époque. Plus de 50% de la population largement, était « cléricale ».

A partir de 1799, puis 1802- 1804, quand il a définitivement le pouvoir, l’objectif sous jacent de Napoléon était naturellement de faire aussi naître des Etats « tampons » moyens, qui protégeraient la France de l’Autriche et de la Prusse. Ce qu’il parviendra définitivement à faire, quand après sa victoire à Austerlitz en 1805, les Etats du Sud, encore agrandis, récompensés par des titres de royautés (Le futur Louis II de Bavière), se lieront au sein de la « Confédération du Rhin » au dépens de l’Autriche, sonnant ce faisant le glas du Saint Empire Romain Germanique, qui, vidé de sa substance, se saborda de lui même l’année d’après..

« As de la rationalisation »

C’est sauvage, à la départementale, mais quand même plus propre vous l’avourez ?

C’était quoi ce bazar du « SERG » crée en 962, qui ni « fédération », ni « confédédération », vivotait quoi qu’il en soit et dont personne ne semble même s’être aperçu de la disparition?

Et encore, cela n’est même pas très « propre », car pour faire plaisir à tout le monde, on ménage les susceptibilités. Ce qui fait qu’un « prince de Hannovre », possède aussi des terres dans les lointains, et peut, du coup se targuer d’être un bon candidat à la Coruonne d’Angleterre.

Aujourd’hui encor, on croit rêver. Mais à l’époque, c’est une Révolution au sens propre du terme !

Au début, chacun en Allemagne, se gausse du progrès !

Hegel (comparse de Marx plus tard), va jusqu’à dire au début :

« Ah ces français : les As de la rationalisation » !

Mais très vite, reprise des guerres aidant, notamment contre l’Angleterre, puis contre l’Autriche (et – der des der, de la Russie), et peu importe aussi des progrès dûs à l’introduction du code civil, on en a « ras le bol » des français.

De leurs guerres, de leur occupation, exploitation, du blocus continental qu’ils imposent à l’Allemagne, en représaille du conflit britannique, de la famine, de la Censure…

Certes, les Etats du Sud, nouvellement constitués, se réjouissent des avancées napoléoniennes, d’autant qu’elles leur confèrent le satut de « royaume », et de titre de « roi » pour la Bavière par exemple. Mais de facto, le SER est mort, et ce qu’il en reste, sous la férule française, ne peut en aucun cas et à aucun moment se dire satisfaisant.

Tout cela, sera l’objet du prochain chapitre, et des « guerres de libération » comme on les appelle ici. De là, où, contre la France (Napoléon donc), est né le drapeau allemand.

Quand vous aurez compris, ce qu’a signifié Napoléon pour les « Allemands », même si cela ne fut pas la déflagration des guerres totales du XXième, vous comprendrez je crois leur traumatisme à la seule prononciation de son nom!

Sources diverses dont :

https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/les-allemagnes-napoleoniennes/

Angela, Ade

Le Week end prochain, cela est sûr : Angela (Merkel) ne sera plus Chancelière de l’Allemagne (parce qu’elle ne se représente plus). Ou alors par intérim, le temps qu’une nouvelle coalition, dont on ne connait pas encore la couleur, négocie son contrat de gouvernement, ce qui pourra durer, des semaines, voire des mois…

Je ne sais pas quoi en penser.

Depuis deux semaines, la presse intrenationale ne cesse de l’encenser. Dont le Nouvel Ob’s, que l’on ne peut pas accuser de flatteries, et qui donc lui écrit un hommage appuyé.

Angela ?

Pour nous, elle restera sans conteste celle qui aura en 2015, accueilli plus de 1,5 millions d’immigrés des Balkans et du Moyen-Orient, sauvant par la même l’honneur de l’Europe en berne.

Pour le reste ?

J’aime à montrer à mes étudiants ce montage de photos du couple franco-allemand, où, invariablement, elle est là, « enterrant », les uns après les autres, nos illustres présidents français.

Car Angela Merkel, c’est ça. Une force passive encore plus exemplaire que celle d’Helmut Kohl.

Rien n’a jamais pu la faire dévier des réformes entreprises par son prédécesseur G. Schröder (notamment en ce qui concerne le marché du travail, trés libéral), qu’elle a maintenues et approfondies sans faillir, laissant derrière elle une économie stable, pour ne pas dire florissante, en situation de quasi plein emploi. Rien n’a jamais pu la faire dévier de la défense des intérêts allemands à l’international.

Quand tout le monde s’excitait, elle restait calme, et attendait.

Visiblement, et comme le confime la presse internationale ces derniers temps, cet attentisme n’était pas qu’une question de « tempérament », mais une méthode appliquée sans sourciller : attendre, jusqu’à ce que tout ait été dit, tout évalué, analysé sous toutes les coutures, jusqu’à ce que les autres se soient épuisés et empêtrés dans leurs déclarations. Et sur le coup de la nécessité (les bonds européens compte tenu de la pandémie), ou de l’opportunité (la catastrophe due à Fukushima, la Syrie), décider au dernier moment, coupant ce faisant souvent l’herbe sous le pieds des opposants.

En jargon politique, cela s’appelle « la démobilisation asymétrique ».

Trop bien ! En plein « jeux de la Dame ».

Cela n’est pas très « glorieux » (pour les femmes dans son pays, elle n’aura, elle, jamais rien dit et fait de digne de ce nom, si ce n’est laisser ses « subordonnés » régler le thème pour elle) et manque certainement de vision.

Mais fait preuve d’un sens tactique et d’une endurance sans nom.

Angela, plus que quiconque, parlementarisme et fédéralisme obligent, était rompue aux négociations sans fin et à la recherche d’équilibres improbables.

Aujourd’hui, dans son parti cependant, c’est le VIDE absolu. Personne n’a réussi à lui tenir tête ni à lui survivre vraiment, et le candidat de l’union à la Chancellerie – A. Laschet – , outre qu’il accumule les gaffes, n’est plus que le pâle reflet d’une CDU/CSU à bout de souffle après 16 années de « merkelisme ».

Le temps de changer, donc. Certainement.

« Je me parle en français dans ma tête, pour ne pas être critiquée ».

Comme déjà dit, cela était il y a 3 mois, dans une EHPAD du quartier, auprès d’une femme française de 85 ans, finissant ses jours ici, dans un un faubourg obscur de Francfort (sur le Main). Cela m’avait beaucoup choqué à l’époque.

Parce que je ne voulais pas me l’avouer.

Mais c’était la vérité.

Ô combien !

Cela n’est pas dans mes habitudes d’encenser les Français, mais là, un séjour d’une semaine à Paris, m’a rappelé combien la vie est douce en France ! Vive les « small talk », la politesse et courtoisie !

  • mes ami.es, de toujours, fidèl.es parmi les fidèl.es, et toujours aussi gentil.les et généreu.ses.
  • le type de la réception de l’hôtel qui, si peu qu’on lui parle et s’intéresse à lui, vous accorde tous les « passe droits » que vous voulez ! Internet : pas de problème ! Restez donc demain au delà de 11 h !
  • le serveur du bistrot, qui, voyant Sophie pleurer, lui apporte un dessert « gratuit » pour la consoler
  • le gardien du musée, qui, en douce, nous file des tickets gratuits parce qu’on a oublié de s’enregister sur Internet
  • le petit jeune du foyer qui, alors qu’on arrive pas du tout à le « remettre », nous explique ses courses de chez Aldi, et tous les bonus engrangés
  • la responsable du foyer, qui quand on lui demande si on « peut repeindre la chambre », nous répond « OUI !!!!, faites !!! » (Certes ! Cool pour eux ! En Allemagne cependant, cela serait STRICTEMENT INTERDIT, sauf si demande + Formulaire et devis donné : délai d’attente égal 3 mois minimum)
  • la RATP qu’on voudrait presque embrasser parce qu’elle fonctionne et n’est pas chère ! 20 euros la semaine pour tout Paris, on croit rêver, quand ici, au delà de 4 stations, il faut payer près de 4 euros par tiquet.
  • Et ces cafés, ces terrasses, toujours bondés !Oui, Paris est une « fête », quand on a, bien sûr, les moyens de se la payer !

Donc, je reprends, pour expliquer pourquoi quand on est étranger dans un pays, en général on ferme sa « g… » (dans 90 % des cas), pleure parfois/souvent en silence et pour soi, nostalgique d’autres moeurs et coutumes. Fatiguée d’être rabrouée, pour ce qui fait au delà du Rhin le charme de sa culture, ici des comportements la plupart du temps réprouvés.

Que l’on soit en Allemagne ou ailleurs, importe peu à vrai dire, puisque c’est le « vécu » assez banal finalement de tout immigré, qui, bien que l’on encense sans cesse l' »interculturel », la tolérance et réciprocité, se voit dans les faits sommé de s’intégrer et d’adopter – à sens unique – la culture de son pays d’accueil.

Mais en l’occurence, dans le cadre des fameuses « relations franco-allemandes », il est quand même crasse de toujours constater, que, dès que vous passez le Rhin, c’est « Schluss » avec la compréhension des modes de fonctionnement français!

Je n’ose imaginer comment je vivrais si j’étais une femme turque ou afghane !

Quel modèle allemand ?

1/ On va commencer par éliminer le plus simple, à savoir la notion de « femmes » justement puisque que comme j’habite aussi depuis 25 ans dans le pays « leader européen de la discrimination féminine » derrière la Pologne et la Hongrie, je pense qu’il n’est plus besoin de rabâcher, et ennuyer les oreilles des gens civilisés.

Rappelons cependant que jusqu’en 2008 – année où elles ont eu le « droit » (devoir) de travailler en cas de divorce pour payer la pension de leurs enfants alors qu’il n’existait à l’époque pas d’écoles maternelle ni primaire dignes de son nom – les femmes n’étaient rien, ou presque. Comme en Suisse actuellement, où, après des années de discussions, on vient enfin de leur accorder un congé maternité (!).

2/ Reste maintenant « française ». Et c’est là que cela se gâte. On pourrait dire aussi juste « français ». Cela reviendrait au même, vu le mépris certain que l’adjectif provoque.

Mépris ? Oui, vous avez bien lu.

Un dicton dit « les Allemands aiment les Français mais ne les respectent pas. Les Français respectent les Allemands mais ne les aiment pas ». Je crois, sorry, que cela est assez vrai.

Les Allemands, aiment bien les Français (« gentils », « rigolos », « bonne baguette, bons fromages, vins et bonnes tables » etc….). En AUCUN CAS ILS NE LES RESPECTENT puisqu’au mieux ils sont accusés d’être arrogants, de se la ramener toujours avec leurs « grande nation ». Au pire et plus profondément, ne peuvent pas être pris au sérieux car trop « beaux parleurs », « passant du coq à l’âne », n’ayant pas une démarche « analytique », « versatiles », « dépensiers », « mal organisés », « nains industriels » etc…

A contrario, en France, il est de « mode » de s’extasier sur le « modèle allemand », sans jamais vouloir voir ce sur quoi il est basé (entre autre l’Euro, tout bénéf):

  • Au début de la pandémie, on a loué le fédéralisme allemand, son art consommé de la culture du consensus et son principe de subsidiarité face à une France centralisée et quasi autoritaire dans sa gestion de la crise sanitaire. Quelques mois plus tard cependant, ce même fédéralisme était mis au banc des accusés et détourné par une loi ad hoc, car ingérable justement en temps de « crise »!
  • Car les palabres à n’en plus finir pour tout et rien, les Allemands connaissent bien! Cela peut être vraiment de l’ordre de la logistique « minus » 200 : les enfants ont-ils besoin de PQ dans les toilettes de l’école? Ces toilettes doivent-ils être propres et comment ? S’en suivent X heures de discussions, des suggestions d’engagement de la part des parents (pour nettoyer les toilettes donc, repeindre les murs des salles de classe, accrocher des rideaux ou réparer les prises électriques) des protocoles, pour parvenir à je ne sais quel « compromis », tout de suite mis à mal parce qu’on se rappelle alors, que, pour des raisons d’assurance, et même, c’est bien du ressort de la municipalité ! On en hurle presque (et passe de ce fait pour une quasi hystérique. C’est du vécu, du vrai, du pur de dur !!!!).
  • On ne bouge pas et attend de voir ce que font les autres ! En vertu de son « bon positionnement » industriel, et des euros pas « chers », on ne fait « rien », si ce n’est suivre sa politique déflationniste pour équilibrer son budget. D’une manière générale, les allemands défendent d’abord leurs intérêts et attendent TOUJOURS, de voir ce que vous aller faire, pour se positionner. 16 ans après le premier mandat de Merkel, il a fallu la pandémie du COVID pour qu’enfin, les économies européennes étant proches de s’effondrer, l’Allemagne accepte un plan de relance !
  • les femmes au foyer : ça c’est depuis 2010 nettement amélioré. En 2021, le nec le plus ultra étant que les enfants de 6+, ont droit à une place d’école « toute la journée », histoire de ne pas glander devant leurs écrans (dans les familles non « bourgeoises / bobos » où Maman, ne joue pas les hélicoptère pour tout et rien) durant l’après-midi. Mais quels dégâts sociétaux sur des décennies !

On passe !

Les théories climatiques et autres approches culturelles

Là, je ne me rappelle plus très bien, quel est le premier « penseur » qui a voulu expliquer les moeurs par le climat. Aristote, n’est-ce pas? Suivi et amplifié par Montesquieu au XVIIIème siècle.

S’agissant des relations franco-allemandes, la liste des théoriciens ayant essayé de comprendre nos voisins est longue !

  • On commence par Montesquieu donc.
  • Mais surtout par Madame de Stael et de son « De l’Allemagne » au début du XIXème siècle, qui est plein de ce que l’on appelerait aujourd’hui des « clichés » et « préjugés », mais recelle aussi de trésors effrayants quand on pense à ce que devint l’Allemagne sous le nazisme (Qui, non, n’était pas un « accident ».). RDV au prochain n°.
  • On pense à Max Weber naturellement. A la différence qu’il fit entre « Gesellschaft » (La France, des citoyens, s’accordant par un contrat) et « Gemeinschaft » (l’Allemagne, des sujets, soumis à la collectivité) et repensa les différences de rapport au pouvoir et à l’économie entre les catholiques et les protestants (« L’éthique du capitalisme », passionnant).
  • Plus près de nous, on pense à E. T. Hall, naturellement, le père des études interculturelles, et de sa distinction entre les sociétés à « haut contexte » (Le Japon par exemple, ou la France, où les implicites, fruits d’une culture commune trés ancrée, dominent ce qui fait qu’on est indirect), et les sociétés à « bas contexte » (où tout doit être dit cash, faute de quoi on ne se comprend pas). Sans compter des rapports à l’espce et au temps différents qui font que les Français seraient dit « polychroniques » (faisant plusieurs choses en même temps), quand les Allemands seraient « monochronique » (faisant une chose après l’autre).
  • ou encore à Emmanuel Todd, intellectuel du XXième siècle, germanophobe certes pour avoir perdu une partie de sa famille dans l’holocauste, mais qui a essayé, sur la base des systèmes familiaux, d’expliquer la puissance allemande, en regard de ses voisins européens, et tire des conclusions troublantes à force d’être vraies (https://www.herodote.net/Histoire_de_familles-article-82.php ).

etc etc…

Amour vs respect et vice versa ?

Dans le concret, cela donne cependant ce genre d’incidents au quotidien.

Les exemples sont tirés d’un document de l’Université Franco-allemande, sise à Saarbrück, organisme on ne peut plus bilatéral et officiel, « pionnier » dans les relations franco-allemandes et interculturelles, donc, qu’on ne peut pas soupçonner de « conversations de bistrots », soit de non scientificité :

Et de « 1 » : ce que les Allemand pensent de nous, je vous le laisse deviner ! Pas du bien ! On est imprévisibles, versatiles, dit n’importe quoi tout le temps, parle trop, peu fiables !

Ce que les Français pensent des Allemands, je vous le laisse aussi deviner : psychorigides, incapables de penser « au delà » du bord de leur assiette; inflexibles même quand ils se trompent, se cachant derrière les « accords » et le « système » etc…

Et de « 2 » : je précise que « choses » en allemand, veut dire « non émotionnel ».

Cela n’a strictement aucun rapport avec le fait que les choses soit « objectives » ou non. Vous pouvez mentir, raconter n’importe quoi, livrer des « juifs » puis des « kilos de blés » (voir les « Souvenirs » de Beate et Serge Klarsfeld; https://www.amazon.de/Erinnerungen-Beate-Klarsfeld/dp/3492057071 ) : cela n’est pas « grave », tant que vous maintenez le « ton ». Que « formellement » vous dites « cher Monsieur, veuillez trouvez ci-joint… »

Outre-Rhin, être « sachlich » est devenu une sorte de Mantra employé à toutes les sauces, même quand les faits contredisent parfaitement les affirmations.

Mais l’important, c’est de respecter la forme, les procédures et les « accords » conclus.

Ce qui protège les individus d’ailleurs, puisque leur otant une grande partie de responsabilité personnelle, notamment quand des « zones d’ombre » subsistent où personne ne se hasarde alors à prendre position.

Pour autant, cela ne devrait pas empêcher de dire « bonjour », « merci », « au revoir », de s’enquérir gentiment du bien être des autres ou de prendre à la « légère » le fait que vous avez changé 3 fois de places dans un bistro parce que, à l’invitation du serveur lui-même « avec l’avenue, c’est trop bruyant ».

Merci Paris !

DLA2 : Voltaire à Francfort

Alors même qu’hier à Würzburg, jolie ville paisible de Bavière, un attaque sauvage commise par un jeune réfugié somalien équipé d’un couteau faisait 3 morts et plusieurs blessés graves au nom de « Allahou akbar », revoici une fois de plus cette année encore posée la question du « fanatisme religieux » (Et des troubles psychiatriques associés, l’un n’excluant pas les autres et vice versa).

Pour l’heure, l’Allemagne est sous le choc, mais demain et après demain, sûre qu’elle se rappelera les attentats qui ont frappé la France les mois passés, dont l’affreuse décapitation de Samuel Patty en octobre dernier, et peut-être aussi Voltaire, qui durant toute la dernière partie de sa vie, se battit contre l’intolérance et l’obscurantisme religieux. « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant » écrivait-il ainsi en 1764 dans l’article « Fanatisme » de son Dictionnaire philosophique.

Ce que les Allemands savent moins en revanche, et les Français certainement aussi, est que pour mener ce combat qui le fera en France tout aussi bien défendre le protestant Jean Calas accusé à tort d’avoir assassiné son fils pour l’empêcher de se convertir au catholicisme, ou le catholique Le Chevalier de la Barre, épouvantablement torturé et exécuté pour un blasphème qu’il n’avait pas proféré, ils fallait d’abord qu’il se détache complètement des « grands » de ce monde. Soit des souverains régnant alors des deux côtés du Rhin.

Et c’est là qu’entre en scène Francfort, ville dans laquelle il sera « emprisonné » durant 36 jours sur « ordre » de Frédéric Le Grand à son retour de Berlin : un séjour humiliant, qui marque une rupture définitive dans sa vie.

Berlin ? Frédéric le Grand ?

Tout un chacun se rappelle du Lycée en effet, que Voltaire fit un séjour de près de 3 ans entre 1750 et 1753 auprès de Frédéric II, qui, francophile et francophone comme tous les aristocrates des cours d’Europe de l’époque, se targuait de philosophie et voulait avoir auprès de lui, le grand Voltaire, pour « l’éclairer ».

De fait, il se connaissait depuis 1736, mais leur relation n’en était restée qu’à des échanges épistolaires et collaborations éditoriales, dont le fameux « Anti-Machiavel » (1736-1740) et quelques visites de la part de Voltaire, qui, jouant sur plusieurs tableaux en même temps, pensait servir d’intermédiaire diplomatique entre les couronnes de France et de Prusse.

En 1749 cependant, sa longtemps maîtresse et surtout âme soeur Emilie du Châtelet meurt, et avec son décès, il perd aussi sa protectrice car Voltaire, de par ses écrits notamment ceux sur la monarchie constitutionnelle anglaise et tant d’autres encore dénonçant l’absolutisme royal, n’est pas bien vu auprès de Versailles et Louis XV. Déjà embastillé une fois dans sa jeunesse, depuis des années il est sous le coup d’une lettre de cachet jamais levée, et se décide alors à prendre le large pour Berlin, où depuis des années le roi de Prusse l’appelle.

Las, l’idylle ne dure pas longtemps.

Flatté naturellement par l’invitation (et ses multiples avantages matériels), et pensant naïvement qu’il a enfin trouvé son futur « despote éclairé » (déjà on se demande comment on peut être « despote » et « éclairé »), rapidement, il se rend compte qu’il est instrumentalisé, Frédéric II de Prusse étant avant tout un politique, qui se sert de lui pour améliorer et corriger ses écrits en français mais de fait poursuit sans état d’âme ses visées hégémoniques sur le reste de l’aire germanophone .

A la cour du chateau de Sans souci, résidence d’été du roi à Postdam, les débuts sont prometteurs. Dans la petite cour qui entoure Frédéric II, on ne trouve, dit-on, que deux allemands. Les autres sont français, italiens etc… Les soirées sont divertissantes. Voltaire brille de par son esprit et sa verve, « un souper sans Voltaire c’est un bague sans diamant », Frédéric joue dans son petit cercle quelques unes des nombreuses oeuvres pour flûte traversière qu’il a composées, dont pas moins de 121 sonates, aujourd’hui toujours interprétées.

Mais tout se dégrade assez vite. Du fait de la duplicité de Frédéric II certes, mais aussi de Voltaire lui-même, car ce dernier était loin d’être un saint.

« On presse l’orange et on jette l’écorce »

A Berlin où il finit d’écrire « Le siècle de Louis XV » et « Micromégas », il s’adonne aussi à une de ses activités préférées : la spéculation financière, et commet en quelque sorte, par le biais d’un certain Hirschel, un délit d’initié, qui lui rapporte gros (Voltaire était extrêmement riche), mais ternit quelque peu sa réputation. Surtout, ce qui ne passera pas, c’est son attaque au vitriol, comme il en avait le secret et sans bien sûr prévenir le Roi, du Président de l’Académie des Sciences de Berlin – Maupertuis – français comme lui, mathématicien qu’il conteste et…ex-amant d’Emilie.

S’en est trop pour Frédéric. Déjà – avant/pendant/après – il avait fait savoir à un proche « J’ai encore besoin de lui tout au plus une année : on presse l’orange et on jette l’écorce », mais là, l’affront est majeur et il fait brûler le pamphlet de Voltaire sur la place publique.

Ne reste plus à ce dernier qu’à partir.

Ce qu’il fait tranquillement, à ses aises matériellement parlant et sûr de son bon droit.

Parti le 26 mars 1753, ce n’est que fin mai de la même année qu’il arrive alors à Francfort, ville libre d’Empire (Romain germanique), c’est à dire, dépendant directement de l’empereur d’alors, un Habsbourg de Vienne.

Et là, coup de tonnerre. Alors même que Frédéric II n’a aucun droit dans cette ville, il fait « arrêter », ou disons « bloquer » Voltaire. Motif : celui-ci aurait dans ses malles un recueil de poésies compromettant de sa majesté (effectivement, ce dernier était homosexuel et, par ailleurs, y raillait toutes les cours européennes).

L’attente des malles durera et s’envenimera, l’intermédiaire de Frédéric, « embastillant » littéralement Voltaire, mais dans un tripot obscur de la ville des bords du Main.

Vous imaginez la fureur de Voltaire! Lui, qui a fui la Bastille, la vraie, celle de Paris, se retrouve sous résidence surveillée dans une vulgaire auberge francfortoise, et ce, sur ordre du Roi de Prusse! D’autant qu’on le fouille et lui confique son tabac !

Ah et bien, c’est ça, les « despotes éclairés »!

Ceci dit, Frédéric avait raison de se méfier, car Voltaire – vous l’aurez compris – était aussi un grand manipulateur. Et que je t’écrive des lettres partout, dont à la cour de Vienne, pour dénoncer « l’infâme » et promettre par la même la révélation de secrets bien cachés…

A Francfort, dont il reparti après 36 jours d’humiliation, Voltaire eut le soutien de Goethe et Heine. On a peine à croire que ces hommes vécurent à la même époque, tant à première vue, tout les différenciait.

Arrivé à Colmar, il veut rentrer à Paris, mais Louis XV ne lève pas sa lettre de cachet.

Du coup, Voltaire décide de s’installer près de Genève, à Ferney, où, loin des capitales, il tiendra désormais SA COUR, lançant toute la force de son intelligence, de sa plume et de ses finances reluisantes, dans ses propres combats.

« Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qui qu’il leur nommerait ».

Tellement vrai.

De l’Allemagne (1) : enseignement des langues étrangères et culture

Comment en vient-on à s’intéresser à, aimer un pays ?

Me concernant, ce fut d’abord par la négative. Enfant, je détestais la prononciation anglaise (et suis toujours une grosse nouille en la matière), et de ce fait, la langue allemande me paraissait un oasis de clarté. Il n’y avait pas d’efforts à fournir. A part la prononciation du « h » naturellement, que, comme 90% des français, j’ai d’office laissé tomber, on pouvait parler normalement.

Certes les « cas » et les déclinaisons étaient un problème, mais malgré tout, il suffisait de ne pas prononcer les finales des mots et, surtout, de mettre le verbe à la fin.

Cela, c’était au collège, puis au lycée.

Du plus loin que je m’en souvienne, je n’ai eu en 5ème qu’une prof un peu structurée et exigeante, qui tenait quand même à ce que l’on parle « allemand » et pas un « français allemanisé ». Pour le reste, cela a été la grande catastrophe de l’enseignement des langues en France.

1/ De toutes façons, à l’époque, cela n’était pas « en soi » valorisé (en Allemagne, les langues vivantes valent « en points » les mathématiques)

2/ La didactique était assez archaïque. A partir de la 2nde, on n’a plus « parlé » que du nazisme ou de grands thèmes de société, alors que nous n’avions – tous – même pas atteint le niveau A2 de ce que l’on appelle aujourd’hui le « Référentiel européen commun pour les langues ». Et aucun recul, ni historique, ni sociologique, aucune maturité pour se lancer dans de tels débats, hors de notre portée.

Passons. Quand je me suis retrouvée en hypokhâgne à devoir traduire des textes littéraires de l’allemand vers le français et vice versa… je me suis ramassé des 3. Et c’était gentil (j’étais carrément nulle). Je crois qu’au concours d’Ulm, j’ai eu un « 5 ». Re-gentil. Pas souvenir d’avoir écrit un seul mot.

En revanche, j’aimais la littérature et la culture allemande. Germanophone.

Qui n’a pas à 16 ans- l’âme un peu enflammée, aspirant à des ciels plus bleus, des idéaux lointains, un esthétisme désincarné – lu avec fièvre :

  • Lettres à un jeune poète, de Rainer Maria Rilke (autrichien lui)
  • Les souffrances du jeune Werther et Les affinités électives de J.W. Goethe
  • Tonio Kröger et Mort à Venise de Thomas Mann

Certainement, sur le fond du fond, on n’y comprenait rien et prenait tout au pied de la lettre, mais peu importe, car c’est à partir de là que l’on s’est prise à rêver de l’espace germanique. Ah, Weimar ! Ah, Vienne! Ah Münich !

Et oui, je ne regrette pas Weimar et ai des souvenirs enchantés de la maison de Goethe, son défilé de pièces toutes autrement colorées, le parc à l’anglaise de la ville, sa somptueuse bibliothèque d’Amalia, qui malheureusement a brûlé il y a quelques années.

Sans parler de Schumann, de Schubert, mon chouchou, de Bach bien sûr, des « Les 4 derniers Lieder » de Strauss et des Wesendonk Lieder de Wagner.

Et aujourd’hui encore, plus que jamais, j’aime la langue (et la littérature) allemande. Sa capacité, au mieux d’elle même, à imager le monde, ancrer son expression dans le concret (comme « Ohrwurm » ou « Schadenfreude » par exemple).

Las, plus que jamais, j’ai aussi le sentiment qu’une sorte de « hiatus » s’installe définitivement.

Entre le « fond » des choses, et le discours.

Avec, dans la vie courante, une sorte de jargon fonctionnel issu du monde anglo-saxon et technocrate, juridique, de conventions sociales bien établies faisant l’apologie du « consensus à l’allemande ».

Et la « vraie vie »

Des oiseaux

Dans mon jardin le matin, il y a des oiseaux. Beaucoup d’oiseaux. Qui pépient et gazouillent, à en faire un concert assourdissant.

Naturellement, pour les entendre (peu difficile, à moins de mettre des boules quiès) et les voir, il faut se lever tôt. Mais je me lève tôt (puisqu’ils me réveillent), donc, cela tombe bien.

J’ai pensé un moment, naturellement organiser des mangeoires, mettre de boules de suif et graines, pour qu’ils trouvent ici de quoi se rassasier.

Problème. J’ai un chat. Ou plutôt une chatte. Un an et demi, qui, encore extrêmement juvénile, se prend pour autant pour un grand prédateur affuté, genre léopard zélé des savanes.

Ici, vous la voyez planquée, à l’affut.

Donc, je me suis dit que cela aurait un côté un peu pervers d’attirer encore plus d’oiseaux dans mon jardin, sachant que l’autre, la chatte donc, un peu ridicule, se tapit néanmoins dans son coin, prête à se jeter sur des volatiles, qui, comme ils ont des ailes justement, sans cesse lui échappent et la narguent.

Je me contente ainsi de contempler ceux qui viennent, à leur risque et pas grand péril, profiter de mon arbre, et enventuellement de quelques vers de terre dénichés lors de mes activités jardinières.

Il y a des pigeons bien sûr. De bons gros, de la campagne et pas pollués et dont les Français se feraient bien un petit rôti, si jamais on les leur livrait tout déplumés.

Des pies. Qui méritent bien leur réputation, car elles ne sont que des emmerdeuses, qui ne se gênent pas pour rapiner tout ce qu’elles peuvent rapiner, et, par derrière, abandonner leurs enfants.

Il y a des geais. Au ramage majestueux, mais qui eux non plus, ne sont pas sans arrières pensées.

Il y a de petites mésanges bleues bien sûr. Elles, on aurait bien aimé les aider à se nourir, mais compte tenu du chat qui se prend pour Tarzan, on a laissé tomber.

Et puis, il y en a d’autres, que nous n’avions jamais vu de notre vie. Des tout noir, avec un bout de queue rouge. Jusqu’à présent, on avait pensé, qu’ils n’existaient que dans la version inverse, en tant que rouge gorge.

Et bien non, et comme leur morphologie l’indique, on les nomme « rouge-queue ». Il fallait y penser !

Quel enchantement!

Que me réserve demain ?

Prenez bien soin de vous!

jusqu’à présent, j’entendais cette « expression » de manière positive. Je la prenais comme telle, un geste d’humanité et de bienveillance, dans la vie en général, et en ces temps compliqués…

Jusqu’à ce que je la lise, dans un article sur les SDF et le numéro d’appel, qui faute de places, répète à l’envi : « prenez soin de vous ».

Tout à coup, j’ai eu envie de vomir. Ai eu un haut le coeur

Ah, oui ! Prenez de « soin de vous », dans la rue, sans toit ni loi ! (on n’arrive pas dans la « rue » comme ça).

N’est ce pas CYNIQUE, de dire de telles choses ?

Si.

Printemps 2

En ce moment, tout mon « village » change quotidiennement.

Tous les jours, il verdit (les arbres en général), blanchit (les cerisiers), rosit (les magnolias), rougit (les érables… rouges -:)).

Tout est en fleurs.

Et vous offre, gratuitement, son palmarès des saisons.

Tous les jours, nous passons, côté « Rodau », le petit torrent, ruisseau, qui traverse avec vigueur le village,

et tous les jours, nous ne cessons de nous émerveiller, de cette vigueur, de cette envie de vivre, cette pulsion de vivre….

C’est une des vérité de la nature, de s’en foutre de sa possible cruauté. D’être une fois clémente, une autre fois méchante. D’être une simple pulsion, ivre de ses conséquences. Pour le meilleur comme pour le pire.

Aujourd’hui, mes « hommes » d’à côté qui me protègeaient, s’en sont allés.

Des journaliers des chantiers voisins. Ils m’étaient tellement importants.

Printemps

La beauté du monde, souvent, me fait mal aux yeux. Ce n’est je ne sais quoi. Une harmonie sortie de rien. Une composition non voulue, mais qui, par toute la sève de la vie qui pulse en elle chaque saison, avec ici un près, là un bosquet et encore là un troupeau de moutons réapparus on ne sait comment à la sortie de l’hiver et qui tout à coup, vous offre au détour d’un chemin, un tableau plus parfait qu’on aurait pu le penser.

Et à chaque fois, cela nous émeut à en presque pleurer.

On aimerait être peintre, pour pouvoir capturer cet instant de beauté. retranscrire avec nos couleurs, pinceaux ou crayons, la pefrection d’un décor pourtant sauvage et qui ne doit à son équilibre que lui même.