Les Allemands sont généreux. Très.

Il y a encore dix jours, toute l’opinion publique mondiale pestait contre ces « Allemands », qui, leur histoire oblige, depuis 1945 ne s’aventuraient plus militairement dans aucune cause géopolitique mondiale (on oublie cependant que, en vertu du Traité 2 + 4 de 1990, ils en étaient quasi exclus), mais bien « égoïstes » campaient sur leur pacifisme de bon aloi, érigé en principe intangible, quoi qu’il se passe autour d’eux. Vrai, mais pas vrai.

Manifestation à Cologne, le lundi de Carneval : 250.000 personnes

Souvent, ils avaient eu raison : Joschka Fischer s’agissant de la guerre du Golfe.

Souvent, on avait déploré leur manque de solidarité (tout le reste), sauf pour des missions humanitaires, pendant que les autres s’engageaient à se faire tuer.

Vrai, et d’ailleurs un article du Spiegel paru la semaine dernière a bien rappelé les conséquences de cette politique. A savoir l’incroyable « dégraissage » dont a été l’objet l’armée allemande depuis la réunification. Pour tout : hommes, matériels terrestres et aériens. Moins 310 000 soldats, moins 4700 tanks, moins 390 avions de chasse, moins 18 sous-marins etc etc…

Effrayant (ou non, dans un monde où « tout » allait bien).

Depuis une semaine, tout a changé cependant et sous la menace, le gouvernement Scholz, après s’être longtemps attermoyé (qui ne s’est pas attermoyé), a opéré un virage à 180° dont on lui est gré, décidant enfin d’envoyer à l’Ukraine des armements et prévoyant des investissements à hauteur de 100 milliards d’euros pour renforcer la défense outre-Rhin. Virage approuvé par 68% de sondés. Une vraie révolution donc.

Pour autant, et si pendant des années l’Allemagne a été un « nain géopolitique » comme s’en fait l’écho la presse internationale, il ne faudrait quand même pas oublier que c’est un pays qui a de loin TOUJOURS été le plus généreux en matière de politique d’accueil des réfugiés de toutes sortes depuis 1995. Ou d’aide aux pays en voie de développement. Et dont la population, la « société civile » comme on dit, est toujours prête à aider. Avec une très grande générosité.

L’accueil des réfugiés : bosniaques, avant que d’être syriens ou afghans.

Tout le monde se rappelle les années 2015 et 2016, quand toute la misère syrienne et afghane débarqua en Allemagne, n’est-ce pas ? Pour ceux qui auraient oublié, quelques graphiques qui mieux que moi diront – en négatif – ce que la France n’a pas fait.

Cet accueil, l’Allemagne l’avait déjà réservé aux réfugiés des guerres des Balkans, quand la France, là aussi ne faisait pas trop rien.

Je pense que peut-être ce que les Français ne comprennent pas non plus, c’est que quand on « accueille », en Allemagne, on le fait BIEN. C’est à dire qu’il n’y a pas ici de « jungle de Calais », ou de « tentes quai du canal Saint Martin » mais des hébergements toujours en « dur », et si cela n’est pas de la pierre de taille, du moins décents.

Ce sont aussi des cours d’allemand, des cours pour les femmes, tout un maillage d actions sociales trés coordonnées, pour que hommes, femmes et enfants, puissent « oublier » et s intégrer.

Encore aujourd’hui, des milliers d’allemands y sont engagés bénévolement.

En ce moment, dans l’enfer provoqué par Poutine, c’est donc aussi toute la « machinerie » administrative allemande et organisationnelle certes, mais respectueuse des besoins élémentaires des êtres humains et ayant « appris » depuis 2015, qui se remet en branle ici. Et vous pouvez être sûrs, que dans l’horrible contexte qui est imposé aux Ukrainiens, ils ne dormiront pas dehors ici.

Pour l’heure, seuls près de 40 000 ukrainiens sont arrivés ici, surtout à Berlin. Contre plus d’un million en Pologne. Peanuts, naturellement (merci à la Pologne).

Demain ? Kiev est à 1500 km de Francfort. Rien.

Ce n est pas chez Orban qu ils iront.

La générosité de la société civile

Idem. On peut dire ce que l’on veut. Raconter que les « allemands » rachètent leurs pêchès. C’est parfaitement idiot.

Les Allemands (pouvoirs publics) sont de loin les plus grands donateurs en matière d’aide aux pays en voie de développement. Et l’année dernière encore, les dons privés faits à de multiples associations ont encore atteint des records, augmentant de 14% pour s’établir à 3,8 milliards d’euros. En cause les innondations catastrophiques survenues essentiellement dans le Palatinat. Mais pas que, car d’années en années, nos voisins se montrent, depuis 2005, toujours plus généreux.

Et prêts à aider, dès que leur prochain est en danger. Ainsi, en 2021 comme les années précédentes, d’après une enquète effectuée par l’office des statistiques allemand, plus de 38 millions d’allemands âgés de plus de 14 ans estimaient particulièrement importants pour eux d’aider d’autres personnes en situation de détresse.

Ici, depuis 5 jours, les communes réactivent effectivement leurs « plans réfugiés » , aident à coordonner l’aide spontanée des « citoyens » qui sont légions à voulor aider. Ouvrent des « Hotline » pour canaliser l’élan de générosité.

Dans mon petit village, pas moins de deux « Hotspots » comme on dit aujourd’hui, sont 24 h sur 24 h accessibles. Je les remercie parce que sinon, je ne savais pas où aller.

Demain, je vais cependant à Francfort, pour soutenir mes « concitoyens ». Espérant et priant – comme tout un chacun – que le tyran russe ne nous entrainera pas tous dans son enfer.

La beauté du monde est ce qui fait vivre : Paula Modersohn Becker.

Exposition époustouflante au Schirn (Francfort) encore une semaine !

Je ne la connaissais absolument pas. N’avais jamais entendu parler d’elle à l’inverse de Gabrielle Münter, une pré-expressionniste allemande (cela va avec), que déjà j’appréciais beaucoup. Mais « elle » ? Paula ? Modersohn Becker ?

C’est par l’intermédiaire d’un petit livre en son hommage, par une écrivaine dont je me méfie (à cause de Tom), Marie Darrieussecq, que je l’ai découverte, et qui a là, écrit un petit bijou, « Etre ici est une splendeur » (P.O.L, 2016), contant donc la vie de Paula Modersohn Becker, quasi inconnue du grand public français malgré une exposition retrospective en son nom au MAM de Paris en 2016.

Le hasard fait bien les choses, car, alors même, qu’en toute innocence, je lisais ce livre (Merci Marie), comme toujours, quand quelque chose pique ma curiosité, j’ai donc « surfé » sur le nom de Paula. Et m’est apparue une exposition au Schirn de Francfort, jusqu’au 6 février 2022 (Incroyable, mais vrai!), présentant quelques unes des 750 toiles et près de 1500 dessins, qu’elle a produit durant sa courte existence de 31 ans. Les deux dernières années, ayant été particulièrement fructueuses puisque 100 toiles ont été décomptées, dont elle ne vendra en tout et pour tout que cinq durant son vivant.

Me sont apparus alors des portraits.

Beaucoup de portraits.

D’enfants. Plein pot, de manière frontale, ressérée ou de plain pied. Avec leurs traits brossés à grands coups de pinceau, bruts, des yeux agrandis, comme emplis de surprise ou d’effroi, directs, ouverts, avides ou vides. Sans aucun maniérisme. Sans aucune « pose ». Tout simplement « comme ça » dans un flot de couleurs saturées.

Et toujours, ces espèces de symboles ou d’attributs qui les accompagnent. Fleur, fruit, collier.

Beaucoup d’autoportraits aussi. Non pas qu’elle se « mire » et s’admire. Non, elle cherche un langage. Quelque chose d’autre que la peinture aurait à lui dire.

Toujours, ces traits simplifiés, ces yeux immenses. Ces nus. Ou demi-dénudés.

On a le sentiment d’être en face d’un Douanier Rousseau. D’un Gauguin surtout. (elle le découvre en même temps, tout comme Cézanne, le grand des grands).

Plus tard, nous apprendrons que cela fut la première femme à se prendre elle même comme modèle NU. A se prendre elle-même comme « Nu enceinte », ou voulu « enceinte ».

A peindre un enfant « tétant ».

C’est tellement inédit, tellement « vrai » alors qu’elle n’en n’a pas fait l’expérience, que l’on en reste interdit. Comment, une telle « chose », triviale, chassée de toutes les représentations, de tous les narratifs, a-t-il pu s’exprimer.

Merci. Très vrai.

Paula MB, est née en 1876 à Dresde, dans une famille bourgeoise sans problème; Le père d’origine étrangère, ingénieur, voyage beaucoup, est polyglotte, la mère, aristocrate, ouverte à tout, aux arts.

Quand ils s’installent à Brême, en 1888, Paula, 3ème enfant sur 7, suit donc des cours de piano et de dessin à Londres, payés par son oncle, puis à Berlin : elle travaille jusqu’à 6 heures par jour. Pour assurer son avenir cependant, elle accepte parallèlement de fréquenter une formation en vue de devenir institutrice, ce à quoi elle parvient en 1895 (19 ans !).

Mais la visite d’une exposition sur des peintres de « Worpswede », un petit village dans le Nord de l’Allemagne, où des artistes issus de l’Académie de Düsseldorf et férus du retour à la nature avaient fondé une « Colonie », la convainc de se dédier à la peinture.

Elle s’y installe, rencontre son futur mari (Otto Modersohn), et de là, effectue à espace régulier, des séjours à Paris, alors capitale des avant-gardes où elle se rend 3 fois, seule et parfois longtemps pour suivre des cours de dessins dans des académies privées (les filles sont naturellement interdites de celles publiques) et découvrir au gré des expositions d’art contemporain, Cézanne, à qui elle voue un culte alors qu’il est à peine connu : « Cézanne est un des trois grands maîtres qui eurent sur moi l’effet d’une tempête ». Le Douanier Rousseau aussi donc, et bien sûr Gauguin.

Et c’est un mérite de cette exposition du Schirn à Francfort de nous montrer que Paula (PMB), savait extrêmement bien dessiner (« J’apprends ce que c’est qu’un « genoux »). Et que par contraste, ces peintures à l’huile quasi naïves, ne sont pas l’expression d’une maladresse technique, mais au contraire une recherche artistique délibérée.

Elle s’acharne, vit de rien dans des chambres mansardées, accueille Rainer Maria Rilke, qui a épousé sa meilleure amie – Clara Westhoff, sculptrice aussi rencontrée à Worpswede, alors « élève » de Rodin (qui n’était pas élève de Rodin?) – et entretient avec lui des relations très intimes mais non consommées , qui donneront lieu à quelques uns de ses plus beaux poèmes. Notamment à l’heure de sa mort.

C’est aussi à Paris, que son destin commun avec Otto Modersohn est scellé. Il lui rend visite, avec un autre peintre de la « Colonie », doit rentrer préciptamment, sa première femme venant de décéder. Trois mois plus tard, elle l’épouse et tente, tant bien que mal à se plier aux exigences de la vie maritale et domestique, sans se cacher que ses contingences matérielles l’ennuient au plus haut point : « là, je suis dans ma cuisine en train de préparer un rôti de veau ».

Comprenant toutefois, que sans cette relation maritale elle ne peut pas exercer, elle se « range » pour ainsi dire, et entre deux séjours à Paris, retourne à Worpswede, où elle peint tout ce qu’elle rencontre. Des enfants, dont la première fille de son mari, des paysannes, des paysans. Toujours de manière frontale et non dégrossie. Son mari, peintre lui aussi mais de paysages classiques, l’admire et la soutient mais commence cependant à ne plus la comprendre. « Ses couleurs sont formidables, mais la forme? L’expression ! Des mains comme des cuillères, des nez comme des épis, des bouches comme des blessures, des visages de crétins. Elle charge tout ».

Le tableau ci-dessous fut exposé pour la première fois en 1912 en Allemagne avec d’autres de Van Gogh et Gauguin.

Elle « charge tout » mais peint aussi de somptueuses natures mortes (50 en deux ans), où, toujours dans son souci de simplifier à l’extrême, on découvre des petits poissons rouges si joliment stylisés (1907), bien avant ceux de Matisse.

Paula meurt le 20 novembre 1907, à 31 ans, d’une embollie pulmonaire suite à la naissance de sa fille Mathilde le 2 novembre précédant.

Plus tard, elle sera aussi la première femme peintre à avoir un musée dédié.

En 1993, quand les nazis prendront le pouvoir, elle sera naturellement classée « art dégénéré ».

L’exposition du Schirn l’infirme si besoin était.

Germaine de Staël et son « De l’Allemagne » : petites leçons recontextualisées.

Ça y est, c’est parti, les hostilités sont ouvertes et les négociations prendront du temps. A peine Olaf Scholz, nouveau Chancelier de l’Allemagne était-il intronisé à la tête d’une coalition sociale-démocrate / verte / libérale, que, à l’instigation de la France qui vient de prendre la Présidence de l’UE, cette dernière proposait de classer l’énergie nucléaire dans la catégorie des énergies « vertes et durables » puisqu’elle émet zéro CO2 et permet l’indépendance énergétique de l’Europe en attendant que des millions d’éoliennes viennent meubler (polluer) nos paysages !

Vingt Dieux !

Naturellement, de quoi faire s’étrangler les Verts allemands du tout nouveau gouvernement, mais aussi ceux autrichiens, ces deux pays ayant d’ores et déjà fait savoir que cela n’était pas négociable et qu’ils opposaient leur véto.

Pas possible ! Il fallait y penser ! Où allons-nous donc ? On voit mal la France, cette grande nation jacobine et son nucléaire, produit s’il en est des Grands Corps de l’Etat, renoncer demain à ses petites et grandes plus de 50 centrales. Cela va donc durer. A deux, quoi qu’il en soit. A vingt-sept, n’y pensons pas.

La Nature ou l’âme allemande

Pourtant, au-delà de la crise climatique « actuelle » et de l’ascension politique et électorale qu’a connu depuis la fin des années 70’s le parti écologiste outre-Rhin avec le succès que l’on connait, il est bien connu normalement en France, que la Nature, avec un grand « N » cette fois, est un élément indissociable de l’âme allemande et que la dévotion dont elle fait l’objet puise ses racines dans les vieilles légendes germaniques (des Nibelungen par exemple) et l’exaltation sensitive du courant romantique né ici à la fin du XVIIIème siècle. Y toucher, c’est donc bien plus que mettre en place une taxe carbone ou pas. C’est attaquer de front un élément essentiel de l’identité germanique (battu en brèche par l’industrialisation).

Pour ceux qui n’en sont pas totalement convaincu ou qui veulent justement saisir « l’âme allemande » sous toutes ses facettes, nous conseillons fortement de lire le « De l’Allemagne », que Germaine de Staël, femme libre à l’existence publique et privée tourmentée, écrivaine et essayiste parisienne « suisse » à défaut d’obtenir la nationalité française, écrivit au début du XIXème siècle pour justement faire connaître aux Français la culture allemande et le « Sturm und Drang » dont elle était alors traversée, introduisant de ce fait dans l’hexagone le terme de « romantisme » qui connut après les avatars que l’on sait. La Nature (et les ruines médiévales) y étant entre autres sanctifiée, miroir de l’expression des sentiments d’un sujet qui ose s’individualiser. Ou médiatrice d’une vérité supérieure révélée, ainsi que le réaffirma le grand poète pré-romantique Novalis, cité par Madame de Staël à la fin de son ouvrage, et que ne contrediront pas plus tard des auteurs tels que Victor Hugo, Rimbaud, Baudelaire etc… 

Madame de Staël : l’ennemie jurée de Napoléon

Pour mémoire, Madame de Staël, qui ne parla pas que nature cependant, était la fille unique de Necker, qui, bien que suisse et protestant, fut le dernier ministre des finances de Louis XVI et dont le renvoi pour cause de sympathie avec le tiers état, déclencha la prise de la Bastille en 1789.

Née en 1766 et élevée donc dans un milieu très privilégié, Madame de Staël sera très active politiquement pendant la Révolution française et, partisane d’une monarchie constitutionnelle à l’anglaise, connaîtra son premier exil en 1793. A partir de là et toute sa vie, le château de son père à Coppet près de Genève, sera son vrai domicile et salon où toute l’intelligentsia européenne libérale défilera tour à tour.

Rentrée quelque temps après en France, elle admire et se rapproche tout d’abord du Général Bonaparte, mais lui n’a que faire des femmes, surtout quand elles sont intelligentes. Le coup d’État de 1799 la fait basculer dans la résistance. Elle commence à apprendre l’allemand.

En 1803, suite à un de ses romans défendant l’émancipation féminine contre les régressions de la Révolution et du nouveau Code civil, elle se voit cependant notifier son deuxième exil qui lui interdit l’accès à Paris et à 160 kms à la ronde.

Amère, abattue, privée de patrie et de ses cercles intellectuels, par « vengeance » si l’on puit dire, elle décide d’entamer un voyage en Allemagne, alors en plein remembrement et sous la domination napoléonienne, pour faire connaître aux Français tout ce qu’ils en ignorent, dont le Sturm und Drang, alors qu’elle est déjà connue de Schiller, Goethe & co, ce dernier ayant même traduit un de ses essais littéraire paru peu de temps auparavant.

La lecture obligée pendant des décennies

Mais elle part aussi pour faire « la nique » à celui qui deviendra empereur l’année suivante, puisque dans cet ouvrage, elle ne cesse de faire l’apologie de la « Nation » allemande, qui pourtant n’existe pas encore. Et ne doit, pour Napoléon, surtout ne PAS exister.

De l’Allemagne, sera écrit entre 1808 et 1810, à l’issue de deux voyages faits entre autres avec son amant de l’heure Benjamin Constant, et avec l’aide d’un éminent germaniste de l’époque (De Villiers) ainsi que du père du premier romantisme allemand, August Wilhelm Schlegel, dont elle fait son secrétaire particulier et le précepteur de ses 4 enfants.

Soumettant son œuvre à la censure en 1810, celle-ci raye quelques lignes anodines et donne le bon à tirer. Mais à peine l’essai est-il sorti des presses que la police politique de Napoléon le met au pilon, détruit les épreuves et notifie à Madame de Staël, son exil définitif cette fois hors de tout le territoire hexagonal, son livre n’étant jugé « pas français ». 

Bien sûr, il faudra s’armer d’un peu de patience, car les deux tomes représentent environ 800 pages, taille 10, le style, les raisonnements et références étant ceux de l’époque, soit pour nous un peu étrangers. Mais si vous n’avez jamais lu Faust dans le texte, les Brigands, Wallenstein, Kant et Leibniz et si vous n’y connaissez rien au protestantisme et piétisme, cette lecture ne peut que vous enrichir, puisqu’elle fut pendant largement plus d’un siècle, LA lecture obligée pour qui voulait en savoir plus sur nos voisins d’outre-Rhin. Et est encore responsable aujourd’hui de nombreux clichés et préjugés sur ce pays des « grands penseurs », « poètes » et « musiciens ».

Double censure

C’est bien sous l’effet d’une double censure que Madame de Staël écrit ce livre. La censure napoléonienne tout d’abord puisqu’il est naturellement hors de question à l’époque d’attaquer frontalement la politique hégémonique de Bonaparte en Europe et en Allemagne, les vexations qu’il fait subir au-delà du Rhin, les batailles qu’il y mène, les privations qu’il engendre. Dans tout l’ouvrage, jamais il n’est jamais donc fait mention directement du régime impérial ni du « tyran », mais tout est dans les comparaisons avec des figures littéraires ou entre les lignes bien sûr. Apologie de la nouvelle Allemagne naissante, le livre dans son ensemble n’est de fait qu’un négatif de l’Empire français, et en cela, la critique est claire et se suffit en elle -même.

Autocensure ensuite : difficile quand vous êtes accueillie par tout le Gotha allemand et autrichien pour écrire un hommage à leur culture, de leur tirer en même temps à boulet rouge. Du coup, toutes les remarques autres que littéraires ou philosophiques de Madame de Staël sont empreintes de ce qu’elle appelle elle-même pour être gentille, les contradictions de l’âme allemande (et qui se manifesteront malheureusement tragiquement les décennies et le siècle suivants) et de sa propre ambivalence à l’égard d’une « Nation » dont les intellectuels la fascine mais qu’elle n’aime pas vraiment non plus.

Pour autant, vous n’êtes pas obligés de tout lire et pouvez très bien ne picorer que les chapitres qui vous intéressent.

En la matière, ci-joint quelques-unes de ses réflexions issues du livre « premier » qui en 20 chapitres, tente justement de dresser le portrait anthropologique des « Allemands », et en ce sens, après Montesquieu, est considéré comme le premier essai de sociologie politique et d’ethnologie de l’aire germanophone.

Mais attention : comme de nombreux critiques l’ont fait remarquer, il ne s’agit pas d’un « reportage » car les quelques descriptions spatio-temporelles ou informations de chair et de sang qu’elle nous donne sont rares et se réduisent toutes aux « impressions pénibles » qu’évoquent pour elle la nature justement, l’immensité et la profondeur des forêts, ces plaines infinies recouvertes de neige, ces étendues de bruyères et de sables, ces « campagnes désertes » et ces « maisons noircies » qui sont « tristes » et l’écho de sa propre tristesse d’apatride.

De même si Berlin, ville nouvelle, est bien conçue, elle n’a cependant pas d’âme car pas d’histoire. Seul le Prater de Vienne, semble avoir ses faveurs, car, dans sa candeur, elle y voit le lieu symbolique où tout un chacun se promène en harmonie.

Culte de la pensée, honnêteté, lenteur et soumission

Dans ce cadre et se basant sur l’organisation territoriale et politique de l’espace germanophone, toujours très fragmenté, avec deux grands royaume (Autriche et Prusse) et de multiples autres principautés, elle en tire la conclusion que cette « division funeste » est cependant « favorable aux essais en tout genre ». La « Nation » allemande n’ayant en effet pas de « centre », de capitale où se pervertir dans de vaines mondanités comme en France, elle favorise a contrario la pensée solitaire et analytique. « La plupart des écrivains et des penseurs travaillent dans la solitude ou seulement entourés d’un petit cercle qu’ils dominent ».

Sous sa plume, que l’on peut naturellement juger naïve aujourd’hui (voire dès 1813), mais qui présente quelques vérités atemporelles, elle ne voit dans l’homme (et la femme allemande) que bonne foi, « loyauté » (un terme qui revient sans cesse), « sincérité » et « fidélité ». Le respect des normes sociales est tel, qu’elle s’extasie devant un habitant de Leipzig ayant accroché une pancarte à son pommier, priant les passants de s’abstenir d’en cueillir les fruits. Ce qui fut fait.

Trop honnête, trop introverti et plongé dans la profondeur de ses réflexions, « l’Allemand » ne saurait donc mal agir ou mentir. Il ne parle donc que s’il a quelque chose à dire de sensé, sinon se tait. Ce qui évidemment, quand l’on ajoute à cela la grammaire allemande (verbe à la fin bien souvent), interdit toute sorte de conversation à bâton rompu (interruption) et badine à la française, où le plaisir de simplement « causer » est essentiel.

« La loyauté des Allemands ne leur permet rien de semblable ; ils prennent la grâce au pied de la lettre » précise-t-elle ainsi. Et ne cache pas cependant que si cette authenticité est une vertu, converser plus légèrement lui manque terriblement.

D’autant qu’un autre trait caractéristique selon elle serait la « lenteur » (et là, on rit quand même) : « On a beaucoup de peine à s’accoutumer en sortant de France, à la lenteur et l’inertie du peuple allemand ; il ne se presse jamais, il trouve des obstacles à tout ; vous entendez dire en Allemagne C’est impossible cent fois contre une en France ». Lors de sa traversée du Rhin, ses domestiques « s’impatientent » (et s’étonnent que personne ne comprenne la langue de Molière !). Une paysanne impavide à qui elle dit alors « vous êtes bien tranquille » lui répond nonchalamment : « oui, pourquoi faire du bruit ?».

Et de se demander alors, « à quoi tient donc que la nation manque d’énergie, et qu’elle paraisse en générale lourd et bornée ? » tout en ayant la réponse. Car bien qu’elle affirme qu’il n’y a point de censure en Allemagne et que chacun peut s’exprimer dans sa province comme il l’entend (ce qui est faux), notamment en Prusse (encore plus faux, notamment son portrait de Frédéric II), elle note cependant « Il n’est point d’assemblage plus bizarre que l’aspect guerrier de l’Allemagne toute entière, les soldats que l’on rencontre à chaque pas, et le genre de vie casanier qu’on y mène », sans faire le rapprochement même s’il est bien connu, que moins un régime est démocratique, plus ses citoyens se terrent dans leur « niche ».

Ou, si: « La prééminence de l’Etat militaire et les distinctions de rangs les ont accoutumés à la soumission, la plus exacte dans les rapports de la vie sociale ». Cinq lignes plus loin cependant, par peur de sa propre ombre peut-être ou de la radicalité de son propos, elle relativise son jugement, précisant que «ce n’est pas de la servilité, c’est la régularité que chez eux l’obéissance. »

Frédéric II de Prusse

Quand enfin, le livre paru d’abord en Angleterre en 1813, puis en France en 1814, Napoléon était tombé une fois. Aussitôt imprimé, aussitôt vendu à des milliers d’exemplaires, il suscita l’enthousiasme. Pas de tous cependant : de nombreux allemands, que par ailleurs Madame de Staël énervait de par son impétuosité et ses bavardages incessants, qualifièrent l’essai de foutraque à clichés, d’erreurs et de superficialité. Goethe cependant, estima, que s’il avait paru un peu plus tôt, on aurait pu lui imputer les guerres de libération allemandes contre le Tyran, Me De Staël ayant largement contribué à l’émergence de leur identité nationale (unifiée) et la mise en valeur et promotion au-delà des frontières du « génie allemand ».

En France, comme déjà évoqué, il resta pendant des années la « Bible » s’agissant de l’Allemagne. Jusqu’à ce que le militarisme et nationalisme fou de cette dernière, pressentis mais non analysés jusqu’au bout, ne causent les dégâts et atrocités que l’on connait.

Restent cependant quelques petites leçons : fédéralisme, culte de la nature, de la pensée analytique scrupuleuse, « loyauté » et lenteur : le nucléaire « vert » n’est pas prêt de passer.

Omicron : vive le fédéralisme !

Depuis maintenant près de deux ans – et même -, la première chose que je fais le matin en me levant, c’est de lire les « news ». Notamment, celles relevant de notre chère pandémie, histoire de savoir ce qui m’attend dans les jours à venir.

Et là, ce matin, je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire.

Alors qu’en France, la veille, la barre des 200.000 nouvelles infections quotidiennes avait été franchie, qu’en Anglettere, les hôpitaux étaient remplis à ras bords, l’Allemagne, aveugle et telle qu’en elle-même, affichait une baisse « record » de ses statistiques, le taux d’incidence diminuant depuis une semaine de manière continue, soit de 30% par jour, pour atteindre un « merveilleux » 224,9 le 30 décembre donc, contre un…. 400 il y a quelques jours encore!

N’est-ce pas incroyable!

Invariablement aussi, « forte » de cette extraordinaire baisse, le Ministère des affaires étrangères, classe ses voisins « Pays à haut risque » (La France par exemple, c’est clair). Ou « Pays à variants », ce qui est le pire (l’Angleterre par exemple).

N’est-ce pas sympa.

Et vous ?

Hier, le nouveau Ministre de la santé – Karl Lauterbach, un médecin lui-même, ouf – a quand même eu le courage de dire que, compte tenu des jours fériés, du fédéralisme et de la non digitalisation des données, certainement « notre » taux d’incidence, se situait plutôt à 500 ou 750.

Ce matin enfin, le président de l’Association internationale des médecins, Frank Ulrich Montgomery, s’est un peu « énervé » (En Allemagne, on « s’irrite » quand il y a le feu), qu’il ne soit pas possible d’avoir des données fiables pendant la trève des confiseurs.

Effectivement.

On se demande nous aussi, pourquoi les Français arrivent à tester, quand en Allemagne, il ne se passe plus rien. Et ce, à vrai dire, depuis la campagne pour les législatives de septembre.

Le réveil va être dur.

La semaine prochaine, les statistiques vont nous exploser à la figure.

Déjà, on entend dire, que pour ne pas paralyser l’économie (Omicron, s’il ne conduit pas à la mort, conduit du moins à un arrêt maladie), les vaccinés 3 fois, seront exemptés de toutes autres vexations pour pouvoir continuer à travailler. De manière à pouvoir traiter les non vaccinés.

D’accord. Moi, tout cela me dépasse, et en attendant que cela se fasse, je me suis décidée pour le Online. Vraiment. En mon âme et conscience.

Pour en finir avec … Napoléon (le tyran, 2).

A défaut de pouvoir en finir avec cette pandémie de Covid qui sévit depuis près de deux ans maintenant, toujours repart ou jamais ne s’arrête, avec ses confinements, déconfinements et reconfinements, finissons-en du moins avant la fin de l’année avec Napoléon, qui, comme je l’ai déjà expliqué il y a quelques posts passés, fait ici crier dès que vous prononcez son nom.

Les soirées étant souvent longues par les temps qui courent et les occasions de contacts diminués, à l’instar de tout un chacun on a donc découvert les séries. Et les docu-fictions en tous genres.

Du coup, il y a quinze jours, avant l’instauration de nouvelles restrictions, je me suis dit : « tiens, regardons donc celui que propose Arte en ce moment sur la guerre franco-allemande de 1870 ». Il n’était pas de très bon goût à mon sens, mais peu importe car encore une fois j’ai pu y apprécier la « haine » qu’une certaine Allemagne d’alors vouait à la France à cause donc de tous ses Napoléon (le n°1 et 3). Vous y voyez en tous les cas le Chancelier Bismarck et le futur Guillaume II de Prusse (celui qui déclara la guerre en 1914), mettre tout en oeuvre pour battre définitivement cette foutue « grande Nation » et, accessoirement, réaliser l’unité allemande sur son dos, en l’humiliant copieusement dans la galerie des glaces de Versailles.

Vous me direz : oh les « s… ».

Oui, sauf qu’à l’époque, on en est pas encore à toutes les autres guerres et humiliations et contre humiliations qui s’en suivront, et qu’au banc des accusés du XIXème, c’est bien le CORSE que l’on retrouve.

Pourtant, à l’origine, de notre point de vue, nous n’étions pas les agresseurs. Dès 1792, les guerres menées contre les coalitions d’Europe centrale et de l’Est visaient à défendre la France et les acquis de la Révolution contre la tyrannie des monarchies d’ancien-régime. Certes.

Et quand, en 1803, un « Recez d’empire » (romain germanique) entérine, sous la houlette d’un Napoléon qui n’est alors que « Consul à vie », la reconfiguration de la carte de l’Allemagne, c’est plutôt une sorte d’admiration qui l’emporte face au « génie de la rationalisation » des français qui depuis longtemps occupent la rive gauche du Rhin. Pour mémoire, ses 3/4 de principautés éclésiastiques seront sécularisées, 350 petits territoires féodaux et la plupart des villes libres d’empire médiatisés (fusionnés). La Prusse ayant déjà été neutralisée en 1795, ce sont alors surtout les états du centre et du sud qui font l’objet de cette vaste opération de remembrement. De plus gros territoires font ainsi leur apparition où, parfois, mais pas toujours, sont appliqués les principes républicains (abolition des privilèges, du servage, émancipation des juifs, entrée en vigueur du Code civil). Certains sont même élevés au rang de Royaume, ce qui n’est pas pour déplaire aux dynasties locales, loin s’en faut. On estime ainsi que la Bavière et le Bade par exemple se retrouvent 10 fois plus grands et populeux qu’auparavant. Objectif : créer des Etats tampons contre la Prusse, l’Autriche et la Russie. Admettons.

Problème, parallèlement, Napoléon a repris la guerre contre l’Angleterre et, pour faire la nique à ses voisins du continent, se fait couronner lui-même Empereur en 1804. Forcément, l’Autriche qui se sent par ailleurs menacée par les nouveaux Etats du sud, se réangage alors dans un conflit contre le « français » et « échoue » à Austerlitz…

Suivant l’adage qui dit, il faut battre le fer tant qu’il est chaud, Napoléon instaure alors un blocus continental contre l’Angleterre et crée pour asseoir sa suprématie en Europe centrale, la Confédération du Rhin en 1806. Sorte d’OTAN avant l’heure, soit alliance militaire sous la protection de Napoléon, celle-ci rassemble à ses débuts seize Etats allemands (30 en 1808) qui se dissocient du Saint Empire Romain Germanique, signant par la même son arrêt de mort.

L’Autriche vaincue, c’est cependant alors au tour de la Prusse de se rebeller. Elle échouera aussi à Iéna (1806), puis, avec la Russie, à Eylau et Friedland (1807).

Cela vous dit quelque chose ? Même si l’on n’est pas « fan » de Napoléon, on a tous quelque peu en tête ces noms de « victoires » à la gloire desquelles des monuments parisiens tels l’Arc de triomphe ou la tour de la Place Vendôme se font les échos.

Pourtant, on se demande de quelles « victoires » il s’agit vraiment ?

En Allemagne, ces guerres eurent un coût terrible.

En termes de morts sur les champs de batailles tout d’abord. Austerlitz ? 15.000 morts côté Autriche. Eylau ? près de 30.000 morts et blessés côté Russie et Prusse (30.000 côté français). Et là, j’ai en tête le souvenir aigü d’une exposition organisée il y a quelques années à Bonn. Intitulée « Napoléon et l’Europe : Rêves et traumatismes », elle consacrait effectivement de nombreuses salles aux traumatismes vécus par les soldats et populations civiles.

Lors de sa dernière campagne de Russie (1812), parce que celle-ci refusait justement de se plier au blocus continental, Napoléon engagea près de 700.000 soldats dont 450.000 français, le « reste » étant des alliés dont 90.000 allemands!

Tous ne franchirent pas le fleuve frontière du Niemen, mais sur les 440.000 qui firent l’Aller, moins de 100.000 eurent droit au retour. Affreux.

Economiquement ensuite. La défaite de la Prusse en 1807 lui vaut l’amputation de la moitié de son territoire et l’obligation de payer des réparations de guerre (tiens tiens, déjà…) ainsi que des frais d’occupation faramineux. Concrètement, sur fond de blocus continental donc de blocage des importations anglaises, la fin du règne européen de Napoléon signifiera surtout misère et famine.

Du coup, on passe de l’admiration à la crainte puis à la haine.

D’autant qu’évidemment, la censure règne.

En 1813, Ernst Moritz Arndt, écrivain, poète, élève de Fichte* et « père » avec lui du patriotisme allemand, grand contempteur de Napoléon, n’hésite pas à écrire dans un pamphlet destiné à mobiliser ses concitoyens : « Je veux la haine à l’encontre des Français, non pas seulement durant cette guerre. Je la veux dans la longue durée, je la veux pour toujours ».

Quoi qu’il en soit, la défaite de Napoléon en Russie et la « Bérézina » (nov. 1812), redonnèrent des ailes aux Allemands, aux Russes et aux Autrichiens, qui, une dernière fois s’allièrent pour bouter le Tyran hors de chez eux.

Dès mars 1813, la Prusse redéclare la guerre à la France, rejointe rapidement par l’Autriche. Ici, on appelle ces levées en masse « les guerres de libération », et c’est à cette occasion parait-il que serait né le drapeau allemand, ses couleurs étant en fait celles du costume du bataillon des Corps francs étudiants de Lützow (noir, rouge, or).

La défaite finale de Napoléon eut lieu à Leipzig, en octobre 1813, durant « La bataille des nations » (enfin pas du peuple) et dont on peut « admirer » le mémorial dans la ville du même nom.

Ce qui est intéressant de constater : lors de ses deux abdications, les puissances « alliées » ne punirent pas véritablement la France, soucieuses de ménager le retour des Bourbons, restaurer certes « l’ordre ancien », mais aussi établir une sorte de « balance of power » en Europe.

De notre côté du Rhin, le culte de Napoléon se perpétua cependant bien que l’on estime à entre 800.000 et 1,3 millions le nombre de morts français occasionnés par son « épopée ».

Pour ne pas dire : mit trés trés longtemps à s’éteindre. Ainsi, on dit qu’Albert Dieudonné, interprète de l’empereur dans le célèbre film d’Abel Gance de 1927, se prenait à la fin de sa vie pour sa réincarnation. Il parait également, que dans les hopitaux psychiatriques, longtemps il y eut beaucoup de répliques vivantes du corse mégalomane (CQFD ?). En tous les cas, ce qui est aussi certain, est que cette idolâtrie peut vraiment faire commettre des folies. En 2019, à l’issue de la reconstitution d’un bal empire, le plus grand spécialiste russe de Napoléon a ainsi assassiné son étudiante et amante de 40 ans sa cadette. Puis découpée en petits morceaux.

Non décidément, Napoléon n’est pas ma tasse de thé.

*Discours à la Nation allemande, 1807

Passation des pouvoirs : tout est calme, harmonie et dignité!

Après demain, cela fera donc une semaine qu’Angela Merkel (CDU, conservateur) aura définitivement passé la main à son successeur. Olaf Scholz, 63 ans, membre du SPD (parti socialiste), en politique depuis sa jeunesse étudiante, ancien maire de Hambourg, ancien Ministrre des finances de la même « Angie », a en effet été élu mercredi 8 décembre dernier nouveau Chancelier d’Allemagne par le Bundestag. Une élection, qui n’a surpris personne, tant le résultat était sûr et attendu depuis les législatives de fin septembre. Mais qui en revanche a étonné de par sa sérénité. Sa dignité. Son « harmonie ».

Car oui, et la presse internationale l’a bien rapporté : l’Allemagne nous a donné la semaine dernière une grande leçon de démocratie parlementaire. Cela tient au système d’abord (une république fédérale ET parlementaire donc, avec un sytème électoral intégrant une part de proportionnelle versus un régime semi-présidentiel ne connaissant que les scrutins uninominaux à deux tour). Cela tient aux personnes aussi.

Ici, comme nous l’ont encore rappelé tous nos étudiants la semaine dernière, on voit au premier plan à gauche, le « nouveau » chancelier, habillé décontracté (ce qui n’est pas vrai, il porte toujours cravate), tenant son premier discours à un pupitre qui porte les couleurs du drapeau allemand. A droite, « Angela », habillée aux couleurs de l’Allemagne, qui s’en va discrètement et que la foule au loin acclame, n’ayant d’yeux que pour « Mutti » et lui lançant des « je t’aime » sur fond d’Eglise du souvenir à Berlin. Et bien sûr de la Porte de Brandenbourg, où on l’a retrouve, Victoire s’envolant dans les cieux avec son quadrige de chevaux moins ailés qu’elle… Un triomphe à l’envers ?

Sûr est qu’elle ne sourit pas. Angela, c’est bien connu, s’est rarement laissée aller à l’expression de quelques émotions que ce soit. Et la semaine passée n’a pas fait exception.

Déjà, quelques jours auparavant, lors d’une cérémonie quelque peu désuette – Le grand « Zapfenstreich » – rendu en son hommage par l’orchestre de l’Armée, on avait traqué en vain le frémissement d’une aile de nez, des yeux éventuellement embués, une larme coulant sur la joue. Rien, ou si peu, au grand désepoir des commentateurs. Pourtant, la Bundeswehr avait sorti le grand jeu, au point de faire peur à certain de mes « jeunes » (et moi avec) : soldats armés, casques d’acier, flambeau dans la nuit… Une onde de mauvais souvenir nous a descendu le dos.

Mais mercredi dernier, au Bundestag, encore rien que moins rien. Malgré les ovations à tout rompre, Angie a attendu sagement son tour à sa place de député ou d’ex. Comme si de rien n’était.

Ou si, un joli discours et des voeux de succès sincères à Olaf Scholz à qui elle dit quant à sa nouvelle fonction « C’est une tâche passionnante et gratifiante, exigeante également, mais si on l’aborde avec joie, c’est peut-être aussi l’une des plus belles tâches possibles ».

Et pof!

On croirait entendre un pasteur, parlant d’un sacerdoce au sens le plus noble du terme… et quand on sait qu’elle est effectivement fille de pasteur, peut-être comprend-on mieux toute l’impassibilité dont elle fait preuve 16 années durant. Se sentait-elle appelée par une mission supérieure ?

Olaf, le protestant sobre mais décidé du Nord, ne fut pas de reste, qui a géré la transition, tout comme il avait géré son élection. Sans vagues. Calmement, dignement et fermement.

Pourtant, la tempête aurait pu être violente, puisque pour la première fois dans l’histoire de l’Allemagne, le pays sera gouverné par une coalition Socialiste/verte/libérale, parfaitement inédite à ce jour. Et si l’on ne pouvait pas faire plus disparâtre dans les idéologies et philosophies politiques, cette coalition et le « Contrat » qui va avec de 168 pages, a été négocié en 2 mois contre 6 la dernière fois. Sans cris et sans heurs ce qui fait preuve d’un sens certain des responsabilités et doit être ici loué.

Et demain ?

Tout est bien qui finit bien en quelque sorte. L’Allemagne a un gouvernement en ordre de marche. On avait craint le pire. Au niveau européen aussi. Alors que la France s’apprête à prendre la direction tournante du conseil, qu’aurait-elle pu espérer faire, avec un gros vacum outre-Rhin?

Rien.

Tout le monde respire donc, et depuis, les grandes figures du gouvernement Scholz ont déjà fait leur petit tour de l’Europe. Avec bien sûr, en premier lieu : Paris!

Jeudi dernier, Annalena Baerbock, tête de liste des verts en septembre dernier et maintenant Ministre des Affaires étrangères, s’est rendu pour la première fois au Quai d’Orsay. On n’ose s’imaginer cette première rencontre, et en notre for intérieur, on en riait un peu beaucoup : que pouvait-elle penser, elle, alors que la France vient de décider de relancer le nucléaire, voire pire, le faire reconnaître comme énergie « verte » et « durable » par l’UE !

ça va chauffer !

Vendredi, c’était au tour d’Olaf donc. Aujourd’hui de Christian Lindner. Le Ministres des finances libéral… qui, tout en faisant illico en interne, des tours de passe-passe budgétaires quasi inconstitutionnels, allouant à un fonds « Energie – Climat », 60 Milliards d’endettement initialement prévus pour la pandémie, y défendra certainement une certaine idée de la rigueur budgétaire…

ça va être intéressant.

Côté Angie, on ne sait pas trop quelles sont ses intentions. Ikéa a bien tablé que dès lors, Mutti resterait à la maison. Mais quand on sait qu’elle a déjà un bureau réservé avec quelques huits employés, elle ne risque pas de chômer demain. Pour autant, on peut compter sur son sens des responsabilités, pour ne pas faire ombrage à ses successeurs. A moins qu’il ne lui reprenne l’envie du jeu de la Dame…

Cause féminine sous Angela : le progrès malgré elle!

Avant de repartir sur Napoléon (pour en fait vous parler de Germaine de Staël, déjà évoquée), petit interlude sur le bilan de la cause féminine après 16 ans de gouvernement Merkel.

Vous allez nous dire : elle nous gonfle celle-là !

Oui, et je suis bien d’accord avec vous, vu que la situation de la « femme » et « mère » en Allemagne, m’a toujours assez interloquée et gênée, mais que j’ai bien dû m’aligner sur leur juridiction.

Donc, comme en ce moment on est à l’heure des « bilans » de l’ère Merkel en Allemagne, notamment à l’encontre des femmes et mères qui ne l’ont jamais intéressée (on ne la condamne pas, c’est très facile à comprendre), quand même un petit bilan, vécu.

Prérequis 1 :

  • Sous le nazisme, il était clair, que la femme se devait d’être au foyer, pour élever de gentils aryens aux yeux bleus et cheveux blonds. C’est le fameux « Kinder, Küche, Kirche ».
  • Pétain n’a pas fait autre chose, qui octroya à ma grand-mère une « médaille » de mère de famille nombreuse. Malheureusement, cela ne l’arrangeait en rien, et elle aurait préféré du « pain » pour nourrir sa nichée (13 enfants, on passe).
  • J’ai beaucoup toujours de compassion pour ma Grand-Mère, aimante. Et les familles nombreuses.

Prérequis 2 :

  • Après le nazisme, les représentants de la Constituante de la RFA – prétextant le « nazisme » justement, et son enbrigadement des jeunes – n’ont rien trouvé de mieux à dire que la « sphère familiale » relevait du privé (!!!), et que en « aucun cas », l’Etat ne devait s’en méler.
  • C’est écrit dans la constitution de 1949.
  • Du coup, les femmes étaient de nouveau renvoyées à leur fourneaux, mais cette fois-ci pour la « bonne cause » ! La vraie de vraie!! Cool quand même! Une partie du miracle économique de l’Allemagne d’après-guerre vient de là, les femmes n’étant pas sur le marché du travail.

Tout ceci a formidablement bien fonctionné, jusque dans les années 2000.

« Et si vous le mettiez en centre d’accueil pour enfants (abandonnés, ndlr)? »

je me souviens de ma belle mère, qui, alors que je voulais faire garder 15 heures par semaine mon aîné pendant qu’il faisait la sieste pour que je puisse souffler ou « travailler » avait suggéré, qu’on le mette à la DAAS.

Cela m’avait extrèmement choquée (euphémisme). Mais c’était comme ça. Ce qu’elle pensait.

Non seulement il n’y avait strictement aucune infrastructure digne de ce nom pour accueillir les enfants (jusqu’au bac de ma dernière), le système fiscal faisait tout pour « sortir » les femmes du marché du travail (aujourd’hui encore) mais en plus, on était socialement condamnée quand on voulait travailler. Etant alors qualifiée de « Rabenmutter » (la mère corbeau).

Le Spiegel cette semaine, aime à le rappeler. En 1992 – 1995 (année de naissance de mon fils aîné), 75% de la population ouest- allemande (53% à l’Est) pensait qu’un petit enfant « souffrirait », s’il ne restait pas dans les jupons de sa mère jusqu’à six ans (Les Françaises criaient, elles, à l’inceste !!!). Aujourd’hui, ce « taux » serait tombé à 45% à l’Ouest et 24% à l’Est.

J’ai lutté longtemps contre le « système » donc, et un jour j’ai abandonné, car par ailleurs, il était hors de question que je « refile mes gosses » à des structures ou personnes incompétentes.

Le tournant des années 2000

Les choses ont commencé à bouger au début des années 2000. Raisons ?

  • un déficit démographique terrible, l’Allemagne plafonnant toujours aujourd’hui à un taux de fécondité de 1,57 en 2019 (dû en partie aux migrantes des dernières années). A l’époque, c’était 1,3. Avec de grands écarts entre les « Nouveaux Länders » et les anciens, de l’Ouest et les milieux sociaux.
  • L’étude Pisa sur les performances du système scolaire qui a définitivement enterré le mythe des « jolis après-midis passés à pratiquer des activités artistiques et sportives »!
  • Car dans les fait, ceci n’était réservé qu’aux enfants de la bourgeoisie, la grande majorité des autres regardant la TV ou ne faisant rien… Résultat : la scolarisation des enfants le matin seulement (jusqu’à 11 h ou 12 h ou 13 h), renforçait terriblement les inégalités sociales, mettant en danger même l’intégration des jeunes issus de l’immigration.
  • et bien sûr, la demande des femmes elles-mêmes, désirant quand même un meilleur équilibre entre vie familiale et professionnelle.

Il faut quand même savoir que, aujourd’hui encore, 26% des femmes diplômées en Allemagne n’ont PAS D’ ENFANTS. Par peur justement de devoir rester à la maison et rayer d’un trait toutes les compétences acquises durant leurs études, leur vie personnelle etc…

Dans ce contexte, Angela n’est pas pour grand chose dans la « Révolution » qu’a connu tout le système scolaire allemand (de la maternelle au lycée) et comme le titre le Spiegel de cette semaine. Mais deux de ses Ministres.

Renate Schmidt (socialiste) d’abord qui déblaya le terrain. Et surtout Ursula von der Leyen, aujourd’hui Présidente de la Commission européenne après avoir été Ministre de la famille en Allemagne de 2005 à 2009 (puis du Travail, puis de la Défense…).

C’est à cette femme en effet, membre de la CDU, médecin et mère de septs enfants que ses concitoyennes en Allemagne doivent tous les progrès accomplis en la matière depuis lors. Et ils sont nombreux ! Voire luxueux pour le coup, si on compare certains de ses aspects à ce qui se passe en France.

  • D’abord un congé parental d’un an à 65% de son salaire antérieur (voire de 14 mois si le « père » décide de garder aussi son enfant deux mois durant) ou à 32% pendant presque 3 ans.
  • La « garantie » d’avoir une place au jardin d’enfant à partir de 3 ans, maintenant une place en crêche à partir de deux ans. On ne vous dit pas que cela « fonctionne » – loin de là pour les plus petits (près de 330.000 places manquantes), mais du moins est-ce inscrit dans la loi et donne donc du travail aux cabinets d’avocats.
  • L’école « toute la journée » en primaire : ce qui ne signifie pas que les enfants ont cours l’après-midi mais qu’ils peuvent être « gardés » à l’école, y faire leurs devoirs, pratiquer des activités périscolaires etc…
  • Le collège et le lycée aussi « toute la journée » (avec cette fois des cours l’AM) et la possibilité d’y manger dans une « cantine » ou « cafétéria »… Apparemment, 70% des établissements du primaire et collèges offriraient aujourd’hui une telle possibilité (contre 16% en 2000), et près de 50% des elèves l’utiliseraient (ce qui montre cependant là encore, que la pratique n »est pas du tout encore entrée dans les moeurs.)

Toutes ces années passées, Angela n’a jamais rien dit sur la question féminine allemande, tout en laissant faire. Ce n’est que maintenant, alors qu’on le lui « reproche » à demi-mot, qu’elle tente quelques sorties féministes ou explications. Difficile, ou… peut-être pas à comprendre, si l’on s’en tient à quelques faits.

Pour excuses :

  • Elle-même n’a pas eu d’enfants, ce dont on ne pourrait lui vouloir, c’est son choix.
  • en Allemagne de l’Est, ce problème n’existait pas. Et de facto : le taux de natalité était exactement parallèle aux moyens mis en oeuvre : une politique familiale attractive, tant en termes de services que de fiscalisté. Toutes les femmes est-allemandes, ont toujours pu compter sur « l’Etat » pour travailler. D’ailleurs, aujourd’hui ces dernières, toutes catégories sociales confondues, ont toujours plus d’enfants que celles de l’ouest.
  • A l’Ouest, les méchantes langues disaient qu’elles étaient « aliénées ». Que si elles disposaient de tous ces moyens c’était parce que la RDA manquait de main d’oeuvre (ce qui n’est pas faux), et que le salaire de l’homme ne « suffisait » pas. Ceci, je l’ai entendu de mes propres oreilles par des jeunes femmes de l’Ouest il y a encore peu. Les femmes est-allemandes cependant, comme les françaises, n’ont jamais vu où était leur problème »d’aliénation ».
  • Elle ne voulait pas lancer la discussion au sein de l’union (CDU/CSU), pour qui cela a toujours été un sujet sensible, étant la moins bien placée pour le faire. D’autant que comme elle l’a dit récemment, elle n’a jamais compris où était le problème (des Allemands de l’Ouest) justement concernant leur crispation sur la garde des enfants et d’un système scolaire intégré.

Ce qui est vrai.

Pour finir, même si l’avenir démographique de l’Allemagne n’est pas des plus rose, tout est bien qui finit bien.

Napoléon : le tyran! (1)

A tous les coups cela marche.

Quand je dis à mes étudiants et autres interlocuteurs allemands, qu’avant de franchir le Rhin, JAMAIS, ô combien JAMAIS, je n’avais entendu parler de Napoléon Bonaparte en France (Soit 30 ans durant quand même, alors qu’à la base on a étudié l’histoire), tout le monde éclate de rire !

On les comprend! Et ils ont raison!

Pour autant c’est vrai.

Bien que lectrice enchantée d’Alexandre Dumas et autre – le récit de Waterloo par Stendhal me faisant huler de rire (chacun ses trucs !)- , force est de reconnaitre que ce personnage « impérial » ne m’a strictement jamais intéressée. Du coup, même si j’ai habité le XIXème arrondissemnt de Paris pendant plus de 8 jours, jamais, sûrement jamais, je ne verrai l’Exo organisée à l’occasion du bicentenaire de sa mort à la Villette. A la périphérie de Paris.

Certainement parce que c’était un militaire justement et que franchement dit, on n’en a rien à battre de ses « campagnes » parfaitement impérialistes à la fin de son règne. D’autant, qu’elles semblaient n’avoir rien changé à la carte de l’Europe, se soldant par un retour au statut-quo de l’Ancien régime, soit la carte de France de Louis XIV (mais des millions de morts).

Bref, nul et non advenu. Puéril et inutile. On ferme les yeux et le ban. Merci la Villette.

En revanche, Napoléon l’esclavagiste, oui, ça, cela nous parlait. Car de facto, c’est bien lui qui s’attacha à réintroduire l’esclavage dans les possessions caraïbes françaises en 1802.

Napoléon : l’esclavagiste

Pour mémo : l’esclavage dans les « colonies » d’outre-mer (Caraïbes + Réunion), avait été aboli en 1794, soit 5 ans après la déclaration des « Droits de l’homme » (on vous laisse apprécier : anachronisme).

Les enjeux (économiques) étaient trop grands. Le sucre à l’époque, c’est de l’or, du pétrole quoi, ou l’accès à Internet.

La Guadeloupe saisit cependant sa chance, de même que Haïti (dont la révolte précipita le décret d’abolition), mais la Réunion se boucha les oreilles et la Martinique préféra, elle, se « vendre » à l’Angleterre, pour sauvegarder son équilibre économique.

Joséphine était martiniquaise.

Pendant longtemps, la rumeur a circulé que la réintroduction de l’esclavage en 1802 avait été faite sous la pression des amis de Joséphine justement, qui en bonne fille de « béké », même si elle n’avait pas « subi » l’abolition d’une main d’oeuvre gratuite, tenait quand même à rester sous le giron français.

C’est d’ailleurs ce qu’affirma aussi plus tard « Bonaparte », n’hésitant pas à charger le « lobby » esclavagiste et ses « criailleries » pour justifier ses décisions et actes.

La répression en Guadeloupe fut sanglante et couronnée de succès (on mata les guadeloupéens). En Haïti, on « échoua ». Elle devint la « 1ère République noire indépendante » de l’humanité. Toussaint Louverture, son leader indépendant, fut cependant arrêté, et finit ses jours d’une pneumonie dans le fort de Joux, dans le Doubs.

Problème, il se déclarait aussi foncièrement raciste. C’est comme ça.

« Je suis pour les blancs, parce que je suis blanc. Je n’ai pas d’autres raisons, et celle-là est la bonne ».

Mais un beau, un gros, un vrai !

« Comment a-t-on pu accorder la civilisation, à des gens qui ne savaient même pas ce qu’était la France ». !

En voilà des arguments !

Et là, on saisit nos étudiants allemands !

Parbleu !

ça, on ne le savait pas !

On savait juste qu’il avait reformé l’Allemagne, puis après, à force d’humiliations, contribué à la naissance de l’idée… d’une nation allemande !

Le MESSIE

Quand Napoléon devient 1er Consul et débarque en Allemagne, à l’issue de ce que l’on appelle la première guerre de « coalition » qui se termina par les traités de Bâle et de Berlin en 1796, puis de Campoformio en 1797, tout d’abord on le prend pour une sorte de « Messie ».

L’annexion des territoires de la rive gauche du Rhin – déjà opérée par les armées révolutionnaires – est enterrinée pour la France, de même que celle des Pays Bas autrichiens.

Pour autant, les Princes ou écclesiastiques à qui appartenaient ces terres, se doivent d’être indémnisés. Par d’autres terres que l’on prendra…. sur la rive droite du Rhin.

Comme ils ne semblent pas pressés de le faire (une constante en Allemagne « Pas d’expérimentation »), Paris prend les choses en main.

Pendant près de dix ans, l’Allemagne, qui est alors un puzzle d’Etats laïcs ou écclésiaux parfois minuscules, sans compter ses 51 villes franches et libres, va être remembrée par ce que l’on appelle la « sécularisation » (des biens écclésiastiques, pour dégager des liquidités) et la médiatisation.

Concrètement, cela signifie la « perte » et/ou redéfinition de plus de 110 territoires / principautés à l’ouest, concernant plus de 3,5 millions de germanophones priés de changer de « suzerains » (autorité hiérarchique, us et coutumes dont juridiques, éventuellement religion inclus).

Les biens de l’Eglise : on les vend, nationalise, et, dans le pire des cas, détruits. A Cologne, Napoléon fit ainsi abattre 62 Eglises !!! Un chiffre qui reste hallucinant ! Hallucinant par sa brutalité, mais aussi par ce qu’il disait de la « Cologne » de l’époque. Plus de 50% de la population largement, était « cléricale ».

A partir de 1799, puis 1802- 1804, quand il a définitivement le pouvoir, l’objectif sous jacent de Napoléon était naturellement de faire aussi naître des Etats « tampons » moyens, qui protégeraient la France de l’Autriche et de la Prusse. Ce qu’il parviendra définitivement à faire, quand après sa victoire à Austerlitz en 1805, les Etats du Sud, encore agrandis, récompensés par des titres de royautés (Le futur Louis II de Bavière), se lieront au sein de la « Confédération du Rhin » au dépens de l’Autriche, sonnant ce faisant le glas du Saint Empire Romain Germanique, qui, vidé de sa substance, se saborda de lui même l’année d’après..

« As de la rationalisation »

C’est sauvage, à la départementale, mais quand même plus propre vous l’avourez ?

C’était quoi ce bazar du « SERG » crée en 962, qui ni « fédération », ni « confédédération », vivotait quoi qu’il en soit et dont personne ne semble même s’être aperçu de la disparition?

Et encore, cela n’est même pas très « propre », car pour faire plaisir à tout le monde, on ménage les susceptibilités. Ce qui fait qu’un « prince de Hannovre », possède aussi des terres dans les lointains, et peut, du coup se targuer d’être un bon candidat à la Coruonne d’Angleterre.

Aujourd’hui encor, on croit rêver. Mais à l’époque, c’est une Révolution au sens propre du terme !

Au début, chacun en Allemagne, se gausse du progrès !

Hegel (comparse de Marx plus tard), va jusqu’à dire au début :

« Ah ces français : les As de la rationalisation » !

Mais très vite, reprise des guerres aidant, notamment contre l’Angleterre, puis contre l’Autriche (et – der des der, de la Russie), et peu importe aussi des progrès dûs à l’introduction du code civil, on en a « ras le bol » des français.

De leurs guerres, de leur occupation, exploitation, du blocus continental qu’ils imposent à l’Allemagne, en représaille du conflit britannique, de la famine, de la Censure…

Certes, les Etats du Sud, nouvellement constitués, se réjouissent des avancées napoléoniennes, d’autant qu’elles leur confèrent le satut de « royaume », et de titre de « roi » pour la Bavière par exemple. Mais de facto, le SER est mort, et ce qu’il en reste, sous la férule française, ne peut en aucun cas et à aucun moment se dire satisfaisant.

Tout cela, sera l’objet du prochain chapitre, et des « guerres de libération » comme on les appelle ici. De là, où, contre la France (Napoléon donc), est né le drapeau allemand.

Quand vous aurez compris, ce qu’a signifié Napoléon pour les « Allemands », même si cela ne fut pas la déflagration des guerres totales du XXième, vous comprendrez je crois leur traumatisme à la seule prononciation de son nom!

Sources diverses dont :

https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/les-allemagnes-napoleoniennes/

Angela, Ade

Le Week end prochain, cela est sûr : Angela (Merkel) ne sera plus Chancelière de l’Allemagne (parce qu’elle ne se représente plus). Ou alors par intérim, le temps qu’une nouvelle coalition, dont on ne connait pas encore la couleur, négocie son contrat de gouvernement, ce qui pourra durer, des semaines, voire des mois…

Je ne sais pas quoi en penser.

Depuis deux semaines, la presse intrenationale ne cesse de l’encenser. Dont le Nouvel Ob’s, que l’on ne peut pas accuser de flatteries, et qui donc lui écrit un hommage appuyé.

Angela ?

Pour nous, elle restera sans conteste celle qui aura en 2015, accueilli plus de 1,5 millions d’immigrés des Balkans et du Moyen-Orient, sauvant par la même l’honneur de l’Europe en berne.

Pour le reste ?

J’aime à montrer à mes étudiants ce montage de photos du couple franco-allemand, où, invariablement, elle est là, « enterrant », les uns après les autres, nos illustres présidents français.

Car Angela Merkel, c’est ça. Une force passive encore plus exemplaire que celle d’Helmut Kohl.

Rien n’a jamais pu la faire dévier des réformes entreprises par son prédécesseur G. Schröder (notamment en ce qui concerne le marché du travail, trés libéral), qu’elle a maintenues et approfondies sans faillir, laissant derrière elle une économie stable, pour ne pas dire florissante, en situation de quasi plein emploi. Rien n’a jamais pu la faire dévier de la défense des intérêts allemands à l’international.

Quand tout le monde s’excitait, elle restait calme, et attendait.

Visiblement, et comme le confime la presse internationale ces derniers temps, cet attentisme n’était pas qu’une question de « tempérament », mais une méthode appliquée sans sourciller : attendre, jusqu’à ce que tout ait été dit, tout évalué, analysé sous toutes les coutures, jusqu’à ce que les autres se soient épuisés et empêtrés dans leurs déclarations. Et sur le coup de la nécessité (les bonds européens compte tenu de la pandémie), ou de l’opportunité (la catastrophe due à Fukushima, la Syrie), décider au dernier moment, coupant ce faisant souvent l’herbe sous le pieds des opposants.

En jargon politique, cela s’appelle « la démobilisation asymétrique ».

Trop bien ! En plein « jeux de la Dame ».

Cela n’est pas très « glorieux » (pour les femmes dans son pays, elle n’aura, elle, jamais rien dit et fait de digne de ce nom, si ce n’est laisser ses « subordonnés » régler le thème pour elle) et manque certainement de vision.

Mais fait preuve d’un sens tactique et d’une endurance sans nom.

Angela, plus que quiconque, parlementarisme et fédéralisme obligent, était rompue aux négociations sans fin et à la recherche d’équilibres improbables.

Aujourd’hui, dans son parti cependant, c’est le VIDE absolu. Personne n’a réussi à lui tenir tête ni à lui survivre vraiment, et le candidat de l’union à la Chancellerie – A. Laschet – , outre qu’il accumule les gaffes, n’est plus que le pâle reflet d’une CDU/CSU à bout de souffle après 16 années de « merkelisme ».

Le temps de changer, donc. Certainement.

« Je me parle en français dans ma tête, pour ne pas être critiquée ».

Comme déjà dit, cela était il y a 3 mois, dans une EHPAD du quartier, auprès d’une femme française de 85 ans, finissant ses jours ici, dans un un faubourg obscur de Francfort (sur le Main). Cela m’avait beaucoup choqué à l’époque.

Parce que je ne voulais pas me l’avouer.

Mais c’était la vérité.

Ô combien !

Cela n’est pas dans mes habitudes d’encenser les Français, mais là, un séjour d’une semaine à Paris, m’a rappelé combien la vie est douce en France ! Vive les « small talk », la politesse et courtoisie !

  • mes ami.es, de toujours, fidèl.es parmi les fidèl.es, et toujours aussi gentil.les et généreu.ses.
  • le type de la réception de l’hôtel qui, si peu qu’on lui parle et s’intéresse à lui, vous accorde tous les « passe droits » que vous voulez ! Internet : pas de problème ! Restez donc demain au delà de 11 h !
  • le serveur du bistrot, qui, voyant Sophie pleurer, lui apporte un dessert « gratuit » pour la consoler
  • le gardien du musée, qui, en douce, nous file des tickets gratuits parce qu’on a oublié de s’enregister sur Internet
  • le petit jeune du foyer qui, alors qu’on arrive pas du tout à le « remettre », nous explique ses courses de chez Aldi, et tous les bonus engrangés
  • la responsable du foyer, qui quand on lui demande si on « peut repeindre la chambre », nous répond « OUI !!!!, faites !!! » (Certes ! Cool pour eux ! En Allemagne cependant, cela serait STRICTEMENT INTERDIT, sauf si demande + Formulaire et devis donné : délai d’attente égal 3 mois minimum)
  • la RATP qu’on voudrait presque embrasser parce qu’elle fonctionne et n’est pas chère ! 20 euros la semaine pour tout Paris, on croit rêver, quand ici, au delà de 4 stations, il faut payer près de 4 euros par tiquet.
  • Et ces cafés, ces terrasses, toujours bondés !Oui, Paris est une « fête », quand on a, bien sûr, les moyens de se la payer !

Donc, je reprends, pour expliquer pourquoi quand on est étranger dans un pays, en général on ferme sa « g… » (dans 90 % des cas), pleure parfois/souvent en silence et pour soi, nostalgique d’autres moeurs et coutumes. Fatiguée d’être rabrouée, pour ce qui fait au delà du Rhin le charme de sa culture, ici des comportements la plupart du temps réprouvés.

Que l’on soit en Allemagne ou ailleurs, importe peu à vrai dire, puisque c’est le « vécu » assez banal finalement de tout immigré, qui, bien que l’on encense sans cesse l' »interculturel », la tolérance et réciprocité, se voit dans les faits sommé de s’intégrer et d’adopter – à sens unique – la culture de son pays d’accueil.

Mais en l’occurence, dans le cadre des fameuses « relations franco-allemandes », il est quand même crasse de toujours constater, que, dès que vous passez le Rhin, c’est « Schluss » avec la compréhension des modes de fonctionnement français!

Je n’ose imaginer comment je vivrais si j’étais une femme turque ou afghane !

Quel modèle allemand ?

1/ On va commencer par éliminer le plus simple, à savoir la notion de « femmes » justement puisque que comme j’habite aussi depuis 25 ans dans le pays « leader européen de la discrimination féminine » derrière la Pologne et la Hongrie, je pense qu’il n’est plus besoin de rabâcher, et ennuyer les oreilles des gens civilisés.

Rappelons cependant que jusqu’en 2008 – année où elles ont eu le « droit » (devoir) de travailler en cas de divorce pour payer la pension de leurs enfants alors qu’il n’existait à l’époque pas d’écoles maternelle ni primaire dignes de son nom – les femmes n’étaient rien, ou presque. Comme en Suisse actuellement, où, après des années de discussions, on vient enfin de leur accorder un congé maternité (!).

2/ Reste maintenant « française ». Et c’est là que cela se gâte. On pourrait dire aussi juste « français ». Cela reviendrait au même, vu le mépris certain que l’adjectif provoque.

Mépris ? Oui, vous avez bien lu.

Un dicton dit « les Allemands aiment les Français mais ne les respectent pas. Les Français respectent les Allemands mais ne les aiment pas ». Je crois, sorry, que cela est assez vrai.

Les Allemands, aiment bien les Français (« gentils », « rigolos », « bonne baguette, bons fromages, vins et bonnes tables » etc….). En AUCUN CAS ILS NE LES RESPECTENT puisqu’au mieux ils sont accusés d’être arrogants, de se la ramener toujours avec leurs « grande nation ». Au pire et plus profondément, ne peuvent pas être pris au sérieux car trop « beaux parleurs », « passant du coq à l’âne », n’ayant pas une démarche « analytique », « versatiles », « dépensiers », « mal organisés », « nains industriels » etc…

A contrario, en France, il est de « mode » de s’extasier sur le « modèle allemand », sans jamais vouloir voir ce sur quoi il est basé (entre autre l’Euro, tout bénéf):

  • Au début de la pandémie, on a loué le fédéralisme allemand, son art consommé de la culture du consensus et son principe de subsidiarité face à une France centralisée et quasi autoritaire dans sa gestion de la crise sanitaire. Quelques mois plus tard cependant, ce même fédéralisme était mis au banc des accusés et détourné par une loi ad hoc, car ingérable justement en temps de « crise »!
  • Car les palabres à n’en plus finir pour tout et rien, les Allemands connaissent bien! Cela peut être vraiment de l’ordre de la logistique « minus » 200 : les enfants ont-ils besoin de PQ dans les toilettes de l’école? Ces toilettes doivent-ils être propres et comment ? S’en suivent X heures de discussions, des suggestions d’engagement de la part des parents (pour nettoyer les toilettes donc, repeindre les murs des salles de classe, accrocher des rideaux ou réparer les prises électriques) des protocoles, pour parvenir à je ne sais quel « compromis », tout de suite mis à mal parce qu’on se rappelle alors, que, pour des raisons d’assurance, et même, c’est bien du ressort de la municipalité ! On en hurle presque (et passe de ce fait pour une quasi hystérique. C’est du vécu, du vrai, du pur de dur !!!!).
  • On ne bouge pas et attend de voir ce que font les autres ! En vertu de son « bon positionnement » industriel, et des euros pas « chers », on ne fait « rien », si ce n’est suivre sa politique déflationniste pour équilibrer son budget. D’une manière générale, les allemands défendent d’abord leurs intérêts et attendent TOUJOURS, de voir ce que vous aller faire, pour se positionner. 16 ans après le premier mandat de Merkel, il a fallu la pandémie du COVID pour qu’enfin, les économies européennes étant proches de s’effondrer, l’Allemagne accepte un plan de relance !
  • les femmes au foyer : ça c’est depuis 2010 nettement amélioré. En 2021, le nec le plus ultra étant que les enfants de 6+, ont droit à une place d’école « toute la journée », histoire de ne pas glander devant leurs écrans (dans les familles non « bourgeoises / bobos » où Maman, ne joue pas les hélicoptère pour tout et rien) durant l’après-midi. Mais quels dégâts sociétaux sur des décennies !

On passe !

Les théories climatiques et autres approches culturelles

Là, je ne me rappelle plus très bien, quel est le premier « penseur » qui a voulu expliquer les moeurs par le climat. Aristote, n’est-ce pas? Suivi et amplifié par Montesquieu au XVIIIème siècle.

S’agissant des relations franco-allemandes, la liste des théoriciens ayant essayé de comprendre nos voisins est longue !

  • On commence par Montesquieu donc.
  • Mais surtout par Madame de Stael et de son « De l’Allemagne » au début du XIXème siècle, qui est plein de ce que l’on appelerait aujourd’hui des « clichés » et « préjugés », mais recelle aussi de trésors effrayants quand on pense à ce que devint l’Allemagne sous le nazisme (Qui, non, n’était pas un « accident ».). RDV au prochain n°.
  • On pense à Max Weber naturellement. A la différence qu’il fit entre « Gesellschaft » (La France, des citoyens, s’accordant par un contrat) et « Gemeinschaft » (l’Allemagne, des sujets, soumis à la collectivité) et repensa les différences de rapport au pouvoir et à l’économie entre les catholiques et les protestants (« L’éthique du capitalisme », passionnant).
  • Plus près de nous, on pense à E. T. Hall, naturellement, le père des études interculturelles, et de sa distinction entre les sociétés à « haut contexte » (Le Japon par exemple, ou la France, où les implicites, fruits d’une culture commune trés ancrée, dominent ce qui fait qu’on est indirect), et les sociétés à « bas contexte » (où tout doit être dit cash, faute de quoi on ne se comprend pas). Sans compter des rapports à l’espce et au temps différents qui font que les Français seraient dit « polychroniques » (faisant plusieurs choses en même temps), quand les Allemands seraient « monochronique » (faisant une chose après l’autre).
  • ou encore à Emmanuel Todd, intellectuel du XXième siècle, germanophobe certes pour avoir perdu une partie de sa famille dans l’holocauste, mais qui a essayé, sur la base des systèmes familiaux, d’expliquer la puissance allemande, en regard de ses voisins européens, et tire des conclusions troublantes à force d’être vraies (https://www.herodote.net/Histoire_de_familles-article-82.php ).

etc etc…

Amour vs respect et vice versa ?

Dans le concret, cela donne cependant ce genre d’incidents au quotidien.

Les exemples sont tirés d’un document de l’Université Franco-allemande, sise à Saarbrück, organisme on ne peut plus bilatéral et officiel, « pionnier » dans les relations franco-allemandes et interculturelles, donc, qu’on ne peut pas soupçonner de « conversations de bistrots », soit de non scientificité :

Et de « 1 » : ce que les Allemand pensent de nous, je vous le laisse deviner ! Pas du bien ! On est imprévisibles, versatiles, dit n’importe quoi tout le temps, parle trop, peu fiables !

Ce que les Français pensent des Allemands, je vous le laisse aussi deviner : psychorigides, incapables de penser « au delà » du bord de leur assiette; inflexibles même quand ils se trompent, se cachant derrière les « accords » et le « système » etc…

Et de « 2 » : je précise que « choses » en allemand, veut dire « non émotionnel ».

Cela n’a strictement aucun rapport avec le fait que les choses soit « objectives » ou non. Vous pouvez mentir, raconter n’importe quoi, livrer des « juifs » puis des « kilos de blés » (voir les « Souvenirs » de Beate et Serge Klarsfeld; https://www.amazon.de/Erinnerungen-Beate-Klarsfeld/dp/3492057071 ) : cela n’est pas « grave », tant que vous maintenez le « ton ». Que « formellement » vous dites « cher Monsieur, veuillez trouvez ci-joint… »

Outre-Rhin, être « sachlich » est devenu une sorte de Mantra employé à toutes les sauces, même quand les faits contredisent parfaitement les affirmations.

Mais l’important, c’est de respecter la forme, les procédures et les « accords » conclus.

Ce qui protège les individus d’ailleurs, puisque leur otant une grande partie de responsabilité personnelle, notamment quand des « zones d’ombre » subsistent où personne ne se hasarde alors à prendre position.

Pour autant, cela ne devrait pas empêcher de dire « bonjour », « merci », « au revoir », de s’enquérir gentiment du bien être des autres ou de prendre à la « légère » le fait que vous avez changé 3 fois de places dans un bistro parce que, à l’invitation du serveur lui-même « avec l’avenue, c’est trop bruyant ».

Merci Paris !